Quand on parle aujourd'hui du Darfour au Soudan, on évoque 300 000 morts, 2 millions et demi de personnes déplacées. Après trois ans de guerre civile, de massacres, les Américains qualifient officiellement la situation de génocide. Un accord de paix a été signé il y a plus de 3 mois et aujourd’hui le Darfour est à nouveau en guerre, depuis le 29 août, selon plusieurs sources - malgré cet accord effectivement de paix signé en mai dernier mais pas par toutes les milices qui se trouvent dans cette zone. Résultat, il semble que le régime au pouvoir à Khartoum, la capitale soudanaise, accusé depuis des années de soutenir certains groupes armés, responsable de massacres au Darfour, intervient cette fois lui-même directement. Roland Marshall, spécialiste du Soudan au CNRS, était à Khartoum il y a encore quelques jours et il n'a aucun doute sur l'offensive d'envergure menée en ce moment (interview). Cette offensive a lieu alors que l'ONU a voté il y a une semaine une résolution sur l'envoi de 20 000 casques bleus. Mais une résolution refusée pour l'instant catégoriquement par le pouvoir en place à Khartoum, qui cherche apparement à gagner du temps pour tenter de s'imposer. Depuis la fin de semaine derniere, des organisations comme Amnesty Internationale, cherchaient donc à vérififer l'ampleur des moyens militaires engagés. Hier après confirmation, l'une des responsables pour le Soudan, Benedicte Godério, jointe à Londres, ne pensait qu'à une chose (interview). Et c'est une question de jour. En tout cas si les nations unies n'interviennent pas d'ici la fin du mois. L'union africaine, qui a des troupes sur place mais qui n'ont aucun moyens d'intervenir, a déjà prévenu que ses troupes quitteraient le sol soudanais. Ses soldats n'ont pas pu faire grand chose pour lutter contre les milices qui sévissent au Darfour, mais ils ont quand même facilité le travail des ONG sur place dans les camps de réfugiés, dans certains villages, même s'il y a eu des victimes ces derniers mois. D'où l'inquiétude hier au siège d'Action Contre la Faim à Paris. Pierre Gallien est chef de mission d'ACF pour le Soudan (interview). En fait il y a un autre motif de refus de voir des casques bleus au Soudan. C'est ce qu'explique le chercheur du CNRS Roland Marshall (interview). Et Washington ne cesse d'évoquer un génocide perpétré au Darfour depuis 3 ans. Mais de nombreux diplomates occidentaux et des spécialistes du Soudan refusent toujours de parler de génocide - soit par raison stratégique pour permettre l'envoi de casques bleus - soit parce que certains évoquent des crimes de masse, des crimes de guerre, mais en terme de droit, ce n'est pas la même chose. Ce qui est sûr, c'est que la maison blanche souhaite se passer de l'accord du régime soudanais et que Paris, une fois de plus, n'est pas d'accord. Jean-Baptiste Mattei est le porte parole du ministère des affaires étrangères (interview). Un dossier d'Emmanuel Leclère.

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