Série sur quelques-uns de nos organes et les dernières découvertes qui permettent de mieux les comprendre : l'intestin, organe mal aimé qui connait un retour de flamme.

L'appareil digestif
L'appareil digestif © CC William Crochot — www.cancer.gov

L’intestin est pourtant devenu une star cette année avec des dizaines de livres parus sur le sujet, dont le plus connu d'entre tous : Le charme discret de l'intestin, de l'allemande Giulia Enders, véritable phénomène de librairie vendu à des centaines de milliers d'exemplaires. Grâce à ces ouvrages, l'intestin et surtout les bactéries qu'on y trouve, sont aujourd'hui mieux compris.

L'intestin mesure sept mètres de long, et l'intestin grêle, si on le posait à plat en le dépliant totalement, couvrirait la surface d'un court de tennis. Sur les parois de l'intestin, et dans ses multiples replis, se niche ce qu'on appelle le microbiote ou la flore intestinale : au total, cent mille milliards de bactéries, qui passionnent la médecine aujourd'hui. Car toutes ces bactéries de l'intestin portent en elles un ADN qu'on sait lire désormais, grâce aux récents progrès des techniques de biologie moléculaire. Le professeur Gabriel Perlemuter est gastro-entérologue passionné, qui en a fait un livre, Les bactéries ces amies qui vous veulent du bien :

Jusqu’en 2010, on ne savait pas étudier ces bactéries. Aujourd’hui on sait qu’elles se modifient avec nos conditions de vie.

Illustration qui montre à quel point les bactéries peuvent jouer un rôle et nous rendre très inégaux, l'alcool : "A consommation équivalente, certaines personnes qui ne boivent pas forcément beaucoup vont développer des maladies du foie très graves, et d’autres qui boivent beaucoup et parfois plus ne vont pas faire de maladie. A cause de modifications spécifiques de nos bactéries digestives ".

Un exemple parmi d'autres : d'après certaines études, on soupçonne même ces bactéries d'être impliquées dans des maladies comme l'autisme. Bref un microbiote ça vit, ça se modifie, parfois ça dysfonctionne… En tout cas, notre mode de vie a de l'influence : on sait maintenant que prendre trop d'antibiotiques dans l'enfance peut entraîner plus tard des problèmes d'obésité ou d'allergies.

Guérir les maladies en agissant sur le microbiote

Puisque certaines maladies proviennent d'un dysfonctionnement de la flore intestinale, on va utiliser, pour guérir certains patients, la flore de ceux qui vont bien. C'est ce qu'on appelle la transplantation fécale : une greffe de selle. On prend les bactéries d'un donneur, qu'on va transplanter dans l'intestin du receveur malade, technique qui se pratique depuis trois ans.

Pour l'instant, quelques centaines de patients en ont bénéficié et on ne l'utilise que pour une seule maladie : le clostridium difficilé. Le docteur Harry Sokol est gastro-entérologue à l'hôpital Saint-Antoine à Paris : "Cette maladie est une infection liée à une maladie particulière de l’intestin, dont on peut avoir beaucoup de mal à se débarrasser. Dans ses formes récidivantes, la transplantation fécale est très efficace. On en fait une cinquantaine par an."

Transplantation fécale

Il y a quelques années la méthode faisait ricaner, pourtant on recense plus de 80% de guérison avec cette méthode, contre 20 à 30% seulement avec des antibiotiques :

On nettoie d’abord l’intestin du receveur, pour lui apporter la flore intestinale d’un donneur qui a été trié sur le volet ; on administre soit par le haut, soit pas le bas par une coloscopie ou un lavement.

A l'hôpital Saint-Antoine, une étude clinique est en cours pour tenter de guérir avec cette méthode une autre maladie de l'intestin, la maladie de Crohn. L'équipe soignante a malgré tout un problème : trouver des donneurs, car pour l'instant, rien n'est vraiment organisé. Dans cet hôpital, on est obligé de solliciter les proches des malades, ce qui reste évidemment beaucoup trop artisanal.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.