Moraliser le système financier. C’était l’un des objectifs du G20 de Londres. Les chefs d’Etat ont notamment appelé à la régulation des paradis fiscaux, en partie connus pour faciliter le blanchiment d’« argent sale ». Mais une question reste en suspens : la crise économique profite-t-elle au crime organisé ? Le 1er avertissement c’est Roberto Saviano qui le lance sur France Inter, le 26 janvier dernier. Roberto Saviano, c’est cet écrivain italien menacé de mort par la mafia, pour avoir écrit un livre, « GOMORRA ». Une enquête extrêmement minutieuse sur la mafia napolitaine, best seller mondial devenu un film primé à Cannes. Un succès qui vaut à son auteur de vivre sous protection policière. Saviano était à Paris en janvier et il lançait un pavé dans la mare (interview). Ce même 26 janvier, 2ème avertissement : Un haut fonctionnaire de l'ONU sort de la réserve observée habituellement par les diplomates. Antonio-Maria COSTA dirige l’ONU-DC à Vienne, l’office de lutte contre la drogue et le crime-organisé. Pour lui, la situation est trop grave. Dans un hebdomadaire autrichien, il déclare avoir les preuves que des banques ont été sauvées de la crise en 2008 par de l'argent sale. Des déclarations qui font beaucoup de bruit. Puis, silence radio. Est-ce que M.COSTA réalise d’un coup qu’il en a trop dit ? Il refuse toutes les interviews. Il finit par accepter une rencontre à Vienne et valide publiquement les propos de Roberto Saviano (interview). Les preuves de ce qu’il avance, M.Costa refuse de les dévoiler. Il renvoie sur Interpol, contacté, comme l’AMF, l'association des marchés financiers, et comme l’association française des banques. Tous se renvoient la balle ou refusent de s'exprimer. Les experts, eux, ne sont pas surpris. C'est le moins que l'on puisse dire. Jean-François Gayraud est commissaire divisionnaire, spécialiste de la criminalité financière (interview). Comment la crise profite au crime organisé ? Jean-François Gayraut explique l’un des mécanismes (interview). Qu'en est-il des banques françaises ? Question posée à l'ONG anti-corruption Transparence Internationale. Pour Jacques Terray, vice président de la section France ET ancien avocat dans la finance, les contrôles sont suffisamment élevés chez nous pour que ça n'arrive pas. SAUF accident dit-il. Pour Jean-François Gayraud, le commissaire divisionnaire, on nous refait le coup de Tchernobyl. Vous vous rappelez le nuage qui passe pas les frontières ? Il doute que les banques françaises soient un sanctuaire dans une économie mondialisée. Pierre-Noel Giraud est professeur d’économie à l'Ecole des Mines et spécialiste de la mondialisation. Quand on lui demande si des banques françaises ont pu se renflouer avec de l'argent sale, il répond spontanément (inteview). Jean de Maillard, lui, va plus loin. Ce magistrat qui étudie la criminalité financière affirme carrément que le système financier s'est « auto-criminalisé » (interview). Une enquête de Laëtitia Saavedra.

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Page spéciale : La crise et le crime organisé

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