À Marseille, le Parc national des Calanques frôle la saturation les jours de beau temps. La direction a décidé d'interdire les voitures au cap Croisette, l'un des sites les plus fréquentés. L'idée de réguler l'accès à ce patrimoine naturel fait son chemin.

Une barrière bloque désormais l'accès en voiture au Cap Croisette
Une barrière bloque désormais l'accès en voiture au Cap Croisette © Radio France / Sandy Dauphin

Marianne et Catherine, deux randonneuses marseillaises, viennent profiter de la quiétude  du parc en semaine et notamment du cap Croisette, réputé pour son paysage spectaculaire, ses roches blanches, ses criques, ses fonds marins. "Les Calanques appartiennent à tous les Marseillais, mais les week-ends c’est même pas la peine d’y penser ! C’est impossible, c’est passer des heures dans les bouchons en voiture pour arriver ici et ne pas trouver de place pour se garer, non, c’est pas la peine !

Désormais une barrière bloque l’accès de ce site emblématique aux véhicules motorisés sous peine d’une amende de 135 euros. Fiona, une habituée, sort de sa voiture, un peu étonnée de ne pas pouvoir aller plus loin. "Depuis que je suis petite, dès qu’on se balade, on va en voiture, on la jette un peu n’importe où, et après on descend, on va sur la plage ou dans les rochers. Et bien c’est bloqué, y a plus ! Terminé." 

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Depuis le début de la pandémie, l'hyper fréquentation du site naturel a encore augmenté 

Une barrière en bois a été installée car, les jours de beau temps, l’entrée du site naturel protégé se transformait en un vaste parking sauvage, explique Lauren Keller, chargée de mission au parc national des Calanques. "Les gens étaient stationnés de partout et remontaient de plus en plus loin dans la végétation grâce à la magie des voitures de plus en 4X4". 

Du monde dans les Calanques de Marseille, ce n’est pas nouveau, mais depuis le début de la pandémie, la hausse de fréquentation est flagrante, d'après Laurent Keller. "Elle est passée de 2 millions - 2,5 millions par an, à plus de 3 millions. On a des gens qui ont un besoin de liberté très fort, lié aux contraintes qu’on peut vivre par ailleurs en cette période. Et donc, un besoin de déambuler très librement dans l’espace naturel, de sortir des sentiers, ce qui est pour nous un vrai problème." 

Car ici, la végétation unique en France résiste aux conditions extrêmes, vent, sel, chaleur mais pas aux piétinements. "La pointe sud de Marseille, le cap Croisette, est la zone la plus aride de France, c’est comme ça qu’on la présente en tout cas", détaille Laurent Keller. "C'est un site très venté. On a beaucoup d’embruns salés, donc du sel de la mer qui vient se déposer sur la végétation. Ce sont des plantes très particulières, qui se développent ici, par exemple l’astragale de Marseille, et qu’on veut absolument préserver. Elles sont très sensibles aux piétinements et à l’écrasement par les véhicules."

Le parc réfléchit à mettre certains sites en jachère pour que la nature se reconstitue

Depuis le début de la pandémie, la fréquentation des sites naturels explose. Avec les frontières, les bars, restaurants, les centres commerciaux fermés, on assiste à une ruée vers la montagne, la forêt et le littoral. Un défi pour ceux chargés de protéger le patrimoine naturel. 

Face à la sur-fréquentation, le parc a réalisé des aménagements discrets, des plots en bois reliés par des fils métalliques pour clôturer les secteurs les plus sensibles, des sentiers mieux balisés pour éviter les déambulations. 

Côté mer aussi, les fonds marins sont menacés, notamment les prairies de posidonies, explique François Bland, directeur du Parc national des calanques de Marseille. "Les herbiers de posidonies, qui sont des plantes à fleurs aquatiques, régressent en terme de surface, notamment à cause de l’ancrage des bateaux. Il y a une très forte concentration. On compte parfois jusqu'à un bateau toutes les 12 secondes." 

Laisser les visiteurs profiter du site tout en le protégeant est une équation délicate. Le directeur ne voit pas comment éviter des solutions plus radicales pour gérer les flux. "Il faut travailler sur la circulation des bateaux et sur les mouillages". Voire interdire certaines zones ? "La question se pose d’avoir peut-être un certain nombre de territoires qui soient plus en quiétude, et donc avec des interdictions un peu plus fortes", répond François Bland, qui réfléchit à mettre en jachère un certain nombre de sites, c’est-à-dire "limiter la fréquentation pour que la nature puisse se reconstituer".

Restreindre un peu l’accès au parc, une mesure qui risque de déplaire à certains, mais Marianne et Catherine approuvent. 

"Il faut vraiment limiter pour pouvoir sauvegarder. C’est vrai que c’est sur-fréquenté, mais nous sommes victimes de la beauté du site." 

En fermant l’accès aux voitures, le Parc national des calanques relance un débat sensible à Marseille. Comment fluidifier son accès par la route du bord de mer, saturée les jours de beau temps ? La réflexion est toujours en cours, entre la mairie de gauche et la métropole de droite, afin de trouver des alternatives au tout-voiture. 

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