Lundi dernier, Venise a connu une montée des eaux spectaculaire, à des niveaux jamais atteints ces trente dernières années. Ces images ont fait le tour du monde en donnant l’impression que la ville était inondée. Venise ne connaît pas des inondations qui s’installent. Le phénomène de la montée des eaux qu’on appelle ici « l’acqua alta » est la combinaison de pluies torrentielles, d’un vent fort venu du large et de forts coefficients de marée, mais il ne dure que quelques heures. Au centre de prévision, Paolo Canestrelli étudie ce phénomène typiquement vénitien (interview). Et les vénitiens se sont habitués à ces montées des eaux, habituelles en cette saison. Même si lundi dernier, le pic a été difficile, des sacs poubelles flottaient, les passerelles ne suffisaient pas toujours, mais chacun avait les cuissardes adaptées et a fait avec. Murielle habite à 100 mètres de la Piazza San Marco, la plus exposée à l’eau (interview). Un peu de colère, d’exaspération ou de tristesse tout de même chez les vénitiens. C’est un sentiment d’abandon qui prédomine. Personne ne se soucie de Venise, à part les caméras qui filment l’apocalypse, mais à part tourner des images spectaculaires, personne ne réfléchit vraiment à une solution. Même la polémique autour de Mose est relancée. Mose, c’est ce projet de digue pharaonique dénoncé par les écologistes. Il s’agit de cimenter la lagune et d’articuler autour de cette plaque de béton une digue qui se dresse à la montée des eaux. Mais l’efficacité de cette digue n’est pas encore avérée. Les écologistes dénoncent les opérations en cours qui perturbent le cycle des marées et l’éco système. Et à Venise, beaucoup, comme l’écrivain Roberto Ferrruci, pensent que le chantier Mose est responsable de la crue exceptionnelle de lundi dernier (interview). Et de fait, la facture s’allonge et le chantier s’éternise. 4 milliards d’euros. Un projet voulu par le gouvernement Berlusconi, il y a plusieurs années, appuyé par l’état major berlusconien qui détient la région. Massimo Cacciari, le maire philosophe de Venise, a toujours contesté la facture qui lui était présentée et le fait que ce projet soit irréversible, non modifiable, qu’il ne prenne en compte que la lagune, alors que la sauvegarde de Venise passe aussi par la protection et la restauration de sites délabrés (interview). D’abord programmée pour 2012, on parle maintenant de 2014 pour la fin du chantier de cette digue. Et les vénitiens commencent à avoir peur. De grandes œuvres ont été initiées, de grands chantiers ont été commencés en Italie, commencés seulement… jamais finis. Ce serait le pire scénario pour Venise qui vit une véritable situation d’urgence. C’était un reportage d’Eric Valmir, correspondant permanent en Italie.

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