C'est Force Ouvrière qui a tiré la sonnette d'alarme, début janvier. D'après le syndicat, qui est majoritaire dans la branche, le secteur pourrait perdre jusqu'à 60.000 emplois, cette année, soit 10% de ses effectifs. Une révolution car la grande distribution avait jusqu'à présent la réputation d'être un grand recruteur. Jusqu’en 2004, le solde était positif, la grande distribution créait chaque année plus d'emplois qu'elle n'en détruisait. Depuis un an, la tendance s'est inversée. Pour la première fois, le secteur perd des emplois. Il en aurait perdu 4 à 10 mille en 2005 d'après les syndicats. Les catégories menacées seraient surtout les caissières, les administratifs et les manutentionnaires. Les caissières, parce que des machines pourraient bientôt les remplacer. Depuis quelques temps, les distributeurs expérimentent en effet les caisses automatiques. Serge Rey est directeur d'un supermarché Casino à Paris. Il y a aujourd'hui 20 caisses dans son magasin, et 4 d'entre elles sont automatiques (interview). Le progrès ne se limite pas aux caisses automatiques. Ce qui fait très peur aux syndicats, c'est le développement d'un système baptisé RFID. Ce sont en fait des puces électroniques qu'on colle sur les produits et qui permettent de les identifier avec tellement de précision que toute intervention humaine devient inutile. Deyan Terglav est responsable du syndicat FO alimentaire (interview). Voilà pour les inquiétudes syndicales et leur scénario catastrophe, mais en face, que disent les grandes surfaces. Evidemment elles minimisent. A les entendre, il n'y aurait rien à craindre de ces innovations technologiques. Les puces électroniques seraient encore trop chères pour qu'on les utilise à grande échelle. Quant aux caisses automatiques, elles n'auraient pas vocation à remplacer toutes les autres. Pour autant, les distributeurs ne nient pas l'évidence. Dans le secteur, les temps sont durs. Serge Papin est le PDG des magasins U (interview). Certains analystes vont encore plus loin. Thibault Lecarpentier est un spécialiste du secteur. D'après lui, les grandes surfaces sont en pleine mutation et elles doivent brutalement revoir aujourd'hui tout ce qui fait depuis des années leur modèle économique (interview). Alors effectivement, des grands projets de formation sont dans les cartons des grandes surfaces, mais d'après le syndicat FO, ces grands projets tardent un peu trop à se mettre en place. D'où ce cri d'alarme du syndicat qui souhaite qu'on mène d’urgence une vraie gestion prévisionnelle des emplois dans la grande distribution. Un dossier de Véronique Julia, journaliste au service Economie de France Inter.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.