Un reportage signé Franck Cognard Malaise dans les rangs de la police, où les syndicats majoritaires font cause commune avec les magistrats, après les propos de Nicolas Sarkozy à Orléans la semaine dernière. Malaise, aussi, pour les fermetures de commissariats à venir, après l'épisode CRS il y a 10 jours. Malaise, encore, avec certaines dispositions de la Loppsi 2, la loi de programmation de la sécurité intérieure, que députés et sénateurs votent aujourd'hui et qui fait que certains policiers s'interrogent : veut-on brader la police nationale ? C'est la question posée à Brice Hortefeux par un syndicat, il y a quelques jours. Après avoir pris connaissance, c'est dans la Loppsi 2, de la création d'une réserve citoyenne, autrement dit la création d'un corps de volontaires. Attention aux milices armées, prévient ce syndicat, Unité Police. On écoute son secrétaire national, Nicolas Comte. Interview de Nicolas Comte Sans être très précise sur le sujet, la direction de la police pense plutôt que ces volontaires iront recueillir des plaintes, faire des procurations, plutôt que de la voie publique. D'ailleurs, on a pas d'argent pour des uniformes, tempère un haut responsable. - Mais cette question (brade-t-on la police ?), ne concerne-t-elle pas que les volontaires ? Non. Nicolas Sarkozy l'a rappelé, toujours à Orléans : pas question d'effectifs supplémentaires. L'idée est même de supprimer des postes de gendarmes et de policiers. Donc, y aura-t-il toujours du bleu, de l'uniforme, sur la voie publique ? Oui, mais à terme, vue la baisse des effectifs promise, ce sera plus d'uniformes de police municipale. Là, tous les ans, les effectifs augmentent : 20 000 aujourd'hui, 1/7ème de la police nationale. La Loppsi prévoit même plus de pouvoirs pour les directeurs de polices municipales. Brade-t-on la police nationale, au profit de la municipale ? Le point de vue sur la question, de Frédéric Foncel, du Syndicat national des polices municipales. Interview de Frédéric Foncel - Autre acteur de la sécurité dont les effectifs sont en hausse constante : la sécurité privée. Quelle place aura-t-elle ? Les vigiles, gardes du corps, transporteurs de fonds, personnels de sûreté des aéroports, de galeries commerciales etc., ce sera 200 000 personnes en France d'ici 3 ans, presque autant que policiers et gendarmes. La Loppsi 2 prévoit de mieux encadrer ces professions, certes, mais pour les syndicats de police, les questions restent posées : quid de nos missions ? La sécurité est-elle une mission régalienne ou une marchandise que l'on peut vendre par lots ? Que doit faire la police de la République ? Là dessus, le criminologue Alain Bauer a un avis assez tranché. Il a été chargé par Nicolas Sarkozy d'un rapport sur l'avenir de la sécurité publique, autrement dit de la police en tenue, et il explique que les policiers ont la mémoire un peu courte. Interview d'Alain Bauer C'est vrai que le discours syndical sur le sujet est quelquefois confus. Un coup, je proteste contre les tâches indues (gardes statiques, escorte de détenus), un coup je proteste contre l'irruption d'autres personnes dans le domaine de la sécurité. Malgré cela, de vraies questions restent en suspens, sans véritable débat : la police républicaine doit-elle se concentrer sur le maintien de l'ordre, le renseignement, l'interpellation, en laissant à d'autres, municipales, privées, la sécurité publique ? Ce sera en tous cas un choix politique.

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