Le 8 novembre dernier, l’incendie Camp Fire laissait derrière lui 86 morts, 14 000 maisons brûlées et une ville de 27 000 habitants complètement dévastée par les flammes. 3 mois après Grégory Philipps est de retour à Paradise où les plus modestes, les oubliés du rêve américain, peinent à se relever de cette catastrophe

De Paradise, cette ville de 27 000 habitants au pied de la Sierra Nevada, il ne reste quasiment plus rien et trois mois après l’incendie, rien n’a été déblayé
De Paradise, cette ville de 27 000 habitants au pied de la Sierra Nevada, il ne reste quasiment plus rien et trois mois après l’incendie, rien n’a été déblayé © Radio France / Grégory Philipps

"Ça c’était la maison de ma fille et de mon gendre, moi je vivais un peu plus haut sur cette propriété" explique Kim une sinistrée de Paradise qui trois mois après le drame, continue de fouiller des décombres. Là dans les débris, on cherche quelques trucs, des affaires de famille qui n’auraient pas brûle… "

Trois mois après, Noah et Kim sont encore en train de retourner ce qu’il reste de leur maison, à savoir quasiment rien, un tas de cendre, et un poêle à bois en fonte qui seul a résisté aux flammes. 

On cherche quelques trucs précieux qui appartiennent à sa femme, ma fille. Des choses qu’elle a héritées de son grand père dit Kim en fouillant les décombres. On a trouvé quelques objets en verre qui sont intacts. On cherche une montre aussi. Quoi d’autre, Noah ? … Regarde, ça c’est un bout de la vaisselle de la grand-mère Bonnie… Mais bon, on n’a pas grand-chose. Tous ces petits trésors, on peut les mettre dans une seule boite"

Trois mois après, Noah et Kim sont encore en train de fouiller ce qu’il reste de leur maison
Trois mois après, Noah et Kim sont encore en train de fouiller ce qu’il reste de leur maison © Radio France / Grégory Philipps

De Paradise, cette ville de 27 000 habitants au pied de la Sierra Nevada, il ne reste quasiment plus rien 

Trois mois après l’incendie, rien n’a été déblayé, même pas les carcasses des voitures calcinées. Et La Croix rouge vient de fermer le dernier centre d’accueil qui avait été installé sur le parking d’un supermarché de la ville voisine de Chico. Il a abrité jusqu’à 600 personnes, beaucoup de retraités, des gens aux revenus modestes, comme Bill, Esther et leur chienne Misty, qui désormais n’ont plus de solution d’hébergement : "Ils veulent qu’on parte, explique Bill. Donc on va retourner dans un motel pour trois jours. Et après ça, je ne sais pas ce qu’on va faire. Vous savez, c’est un vrai traumatisme. Ma femme (je ne sais pas si elle voudra vous parler) mais elle est encore choquée. Même mon chien, il exprime plus de choses que moi maintenant…"

"J’essaye de m’accrocher, avoue sa femme J’aimerai avoir une maison. Ma maison me manque. Il nous faut un camping-car, une caravane, un mobil home, un appartement, n’importe quoi avec un toit, alors je serai heureuse"

J’ai vu une famille qui n’a pas réussi à s’en sortir

Roy lui vit désormais dans son camion. Ce matin du 8 novembre 2018, il a vu une tornade de feu frapper à sa porte. Les flammes étaient si rapides qu’il n’a pu sauver que quelques affaires, une mandoline et un banjo : "Tout est parti en fumée. Désintégré. Vous savez, j’ai vu une famille qui n’a pas réussi à s’en sortir. Une famille entière, dans sa voiture. Cinq enfants… Moi, je suis vivant. Ma famille va bien. Alors ça va. Tous les biens matériels, on peut les remplacer. J’ai des copains qui me font cette blague qu’on raconte ici en Amérique : 'si tu connais une sale période, alors tu peux écrire une bonne chanson de country music'. Eh bien moi je vais pouvoir écrire un album entier…"

Beaucoup d’habitants de Paradise, avant même l’incendie, n’avaient pas les moyens de se payer une assurance contre de telles catastrophes
Beaucoup d’habitants de Paradise, avant même l’incendie, n’avaient pas les moyens de se payer une assurance contre de telles catastrophes © Radio France / Grégory Philipps

Les sinistrés de Paradise veulent savoir ce qui s’est passé

Ce soir-là ils sont environ 200 dans une salle municipale de la ville voisine de Chico pour ensemble réfléchir à une action collective contre la compagnie électrique PG&E que beaucoup accusent d’être à l’origine de l’incendie le plus grave de l’histoire de la Californie. David qui lui aussi a tout perdu veut que justice soit faite : "Il y encore des gens qui vivent sous des tentes. Dans des hôtels. Nous, ça va, on loue une maison de vacances, mais pour moi c’est tellement petit que j’ai l’impression que c’est une caravane. Alors qu’on vivait dans une très belle maison. Faut que ça s’arrête. Ça suffit"

Une partie des habitants de Paradise sont en lutte contre une compagnie américaine qui serait responsable de l’incendie
Une partie des habitants de Paradise sont en lutte contre une compagnie américaine qui serait responsable de l’incendie © Radio France / Grégory Philipps

Noah et Kim qu’on avait croisé tout à l’heure dans les cendres de Paradise ont eux la chance  de pouvoir lancer les travaux d’une nouvelle maison à quelques kilomètres – mais ils ne se lanceront pas dans action de classe contre PG&E : "Franchement je m’en fous de qui c’est la faute. Ça s’est passé dit Noah. On ne peut plus rien y faire. J'ai plus de maison, c’est tout" 

"Je ressens la même chose. confie Kim. On a déjà beaucoup de soucis à gérer en ce moment. Alors entamer un autre combat, ça ne vaut pas le coup. Y a déjà chez nous suffisamment de stress et de frustration". 

Dans l’état le plus riche d'Amérique du nord, la Californie on pensait que les sinistrés du campfire seraient mieux en prise en charge : c’était oublier un peu vite que cette Californie du nord est plus pauvre, et que beaucoup d’habitants de Paradise, avant même l’incendie, n’avaient pas les moyens de se payer une assurance contre de telles catastrophes.

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