220 femmes françaises sont actuellement dans les rangs de DAECH en Irak et en Syrie. Le chiffre est tiré d’un rapport confidentiel des services de renseignement, auquel France Inter a eu accès. Une hausse spectaculaire. Le nombre de Françaises qui partent faire le djihad en Irak et en Syrie est en progression constante. Elles représentent 1/3 des Français sur place, soit trois fois plus qu'il y a deux ans...

Des femmes non combattantes

Ces femmes une fois sur zone ne prennent pas les armes car dans l’organisation de l'Etat islamique ce rôle est dévolu aux hommes. Leur mission : être d’abord des épouses de combattants et surtout faire des bébés et fabriquer la future génération de djihadistes pour peupler le Califat autoproclamé de DAECH

La plupart, Françaises ou étrangères, sont donc des femmes au foyer, mais quelques-unes – les plus diplômées - sont employées soit dans l’administration soit à la propagande de DAECH. Des emplois d'ailleurs très bien payées. Il y a aussi celles qui ont rejoint les brigades de femmes de la police islamique chargées de faire appliquer la charia...

Des brigades féminines répressives

Créées il y a environ deux ans par DAECH juste après des attentats commis par des opposants cachés sous des burqas, il s’agissait de procéder alors à des contrôles d’identité sur les femmes par des femmes. Et ces brigades sont particulièrement brutales, comme le raconte une jeune syrienne de Raqqa, Haya Al Ali . Opposante au régime deBachar El Assad et à DAECH, elle a fui la Syrie il y a un an et demi et elle a obtenu le statut de réfugiée politique en France :

Haya Al Hali
Haya Al Hali © @Laetitia Saavedra/RF / @Laetitia Saavedra/RF

Les femmes de Daech se comportent exactement comme les hommes, elles fouettent les autres femmes, leur mettent des contraventions pour n’importe quelles infractions. Si une femme commet un délit, la brigade des femmes la traîne de force dans une voiture et l’emmène en prison où elle sera fouettée. Quand l’Etat islamique est arrivé il torturait les gens dans les rues, ils avaient des pinces en fer pour arracher les seins des femmes jusqu’à que mort s’ensuive. On m’a parlé de différentes formes de tortures.

Ces brigades multiplient aussi les contraventions : des amendes totalement disproportionnées qui permettent d'ailleurs de récolter de grosses sommes d'argent.

Toujours selon Haya Al Ali, il y a même des amendes pour les femmes trop belles sous leur burqa :

Il y a des contraventions pour des femmes qui ne portent pas de gants, ou celles qui ont du vernis aux ongles ou des chaussettes pas assez épaisses ou pas assez noires, pour un niqab trop transparent ou pour une habaya extra large mais jugée trop près du corps. Il y a même des amendes pour des filles qui ont de beaux yeux, elles sont humiliées traitées de provocatrices de séductrices. Il y a aussi des amendes pour celles qui font trop de bruits avec leurs talons. Il y a aussi les vengeances des hommes à qui une fille a refusé sa main. Après ils savent où la trouver, la faire punir pour n’importe quel délit. C’est la milice des femmes qui est chargée de ces représailles

La reconversion des prostituées

Le très rigoristeEtat islamique n'aurait pas hésité en 2013 à recruter des prostituées pour créer cette milice de Raqqa . Des prostituées que la jeune Haya connaissait toutes pour la plupart :

A Raqqa, il y avait beaucoup de maisons closes, de dancing, de cabarets avec des chanteuses – syriennes en majorité – Quand l’organisation Jabbat Al Nosra est arrivée, ils les ont toutes arrêtés. Mais quand DAECH s’est implanté à Raqqa, ces prostituées ont été recrutées pour former le tout premier noyau de la milice des femmes. Des femmes qui étaient méprisées par la société. Je les connaissais par leurs prénoms, leurs visages, et elles pouvaient à tout moment m’envoyer en prison et me fouetter .

Des djihadistes arrogantes

Plus généralement, plusieurs témoins syriens dénoncent le comportement de "dictateur" des femmes étrangères venues faire le djihad. Des femmes à la fois redoutées et détestées par la population locale

►►► Les enquêtes de Laetitia Saavedra et Elodie Guéguen à retrouver ce vendredi dans Secrets d'Info à 19h20

Les liens

« Les femmes djihadistes étrangères se comportent comme des colons en Syrie » L'interview complète de Sophie Kasiki, par Margaux Duquesne et Laetitia Saavedra, sur le site de France Inter

Le CAFFES : association lilloise d'accompagnement contre l'emprise sectaire

Djihadistes : la carte des combattants étrangers en Syrie et en Irak

Pourquoi il ne faut pas sous-estimer le rôle des femmes jihadistes Une enquête de France 24 de février 2015

Le manuel "Femmes dans l'Etat islamique" selon l'organisation Etat islamique Un manuel traduit en français pour le Centre de Prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam (possibilité de téléchargement)

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