Les écrans sont partout : tablettes, ordinateurs, smartphones, télévision... les foyers français en possèdent souvent plus de quatre. Tout le monde les consulte, y compris les enfants, et cela pose question quant à leur impact sur leur santé.

Quel est l'impact des écrans sur la santé de nos enfants ?
Quel est l'impact des écrans sur la santé de nos enfants ? © Getty / mrs

D'après une étude de Santé Publique France, réalisée en 2015 et publiée en 2017, les enfants de 6 à 17 ans passent en moyenne 4H11 par jour devant une tablette, un smartphone, un ordinateur ou une télévision.  Et cela n'est pas sans conséquence sur leur santé, s'inquiètent de plus en plus de pédiatres et d'orthophonistes.   

Parce qu'elle s'inquiétait de voir dans son cabinet de nombreux enfants avec des retards de langage, Elsa Job-Pigeard, orthophoniste en région parisienne, a questionné leurs habitudes. Souvent ces enfants, quelque soit leur milieu social, regardent beaucoup les écrans : tablette, smartphone, ordinateur, télévision."Avec mes collègues nous avons constaté que beaucoup de nos patients passaient tout leur temps libre devant un écran. C'est devenu une question de santé publique", explique Mme Job-Pigeard. L'orthophoniste constate de "nombreux retards de langage" mais aussi des "troubles de l'interaction et de la communication".

Elsa Job-Pigeard fait de la prévention au collège / lycée Blanche de Castille à Villemombe (93)
Elsa Job-Pigeard fait de la prévention au collège / lycée Blanche de Castille à Villemombe (93) © Radio France / Géraldine Hallot

Le rapport au monde réel est perturbé, affirme-t-elle, en donnant l'exemple de jeunes enfants qui essayent d'effacer un trait de crayon avec leur doigt, comme ils le feraient sur une tablette. Pas question pour autant de bannir les tablettes. "Bien sûr qu'on ne va pas retourner en arrière", poursuit Mme Job-Pigeard. "Les écrans nous rendent par ailleurs de grands services. Mais il faut apprendre à vivre avec".  

Apprendre à vivre avec les écrans, c'est fixer des règles claires

Sylvie Dieu Osika pédiatre à Rosny-sous-Bois, a affiché ces règles en gros caractère, dans sa salle d'attente. 

Salle d'attente du pédiatre Sylvie Dieu Osika à Rosny-sous-Bois (93)
Salle d'attente du pédiatre Sylvie Dieu Osika à Rosny-sous-Bois (93) © Radio France / Géraldine Hallot

"Cela s'appelle les quatre temps sans écran", explique le médecin, qui est également cofondatrice du collectif surexposition écrans (COSE).  "Il ne faut pas donner d'écrans aux enfants le matin, pendant les repas, avant de s'endormir, ni les laisser dans leur chambre". Pour Sylvie Dieu Osika, ces messages de prévention sont aussi importants que ceux qui concernent le sommeil des enfants, la nutrition ou les vaccins.  

La pédiatre Sylvie Dieu Osika
La pédiatre Sylvie Dieu Osika © Radio France / Géraldine Hallot

La petite Zoé, deux ans et demi, arrive dans la salle d'attente avec son papa. Elle a mal aux oreilles. Elle a une otite.  Sylvie Dieu Osika profite de la consultation pour parler des écrans avec son père.
- Est-ce que Zoé regarde votre téléphone ?, demande-t-elle.
- Oui, tous les jours, entre une demi-heure et une heure.
- Et quand vous lui retirez votre téléphone, elle réagit comment ?
- Elle fait des caprices.  
La pédiatre conseille au papa de Zoé de ne pas l'exposer aux écrans -"en dessous de six ans, ils n'ont aucun intérêt"- et surtout de ne pas "manger devant la télévision allumée".  

Avec le recul des années, Sylvie Dieu Osika en est persuadée, la surexposition aux écrans a des effets délétères. "J'ai des enfants de deux ans qui ne disent pas un mot, sauf 'maman' et 'Disney' ou 'maman' et 'Roi Lion', explique-t-elle. "Je vois aussi de gros troubles du sommeil chez les adolescents qui passent beaucoup trop de temps devant les jeux vidéos ou sur les réseaux sociaux".
Il y a aussi les difficultés scolaires. "Les enfants ont du mal à se concentrer. À rester assis sur une chaise un crayon à la main. Forcément. Car la maîtresse ne bouge pas comme le Zébulon qu'ils ont vu sur leur écran".  

La bonne nouvelle, c'est que ces effets sont réversibles quand on diminue le temps d'exposition aux écrans. Ainsi ce petit garçon, qui a consulté il y a quelques semaines. À trois ans, il ne disait pas un mot. Il regardait la télévision en moyenne trois heures par jour. Depuis que ses parents ont drastiquement réduit ce temps d'exposition, il fait des phrases. Et joue à la dînette avec sa sœur, quand auparavant il demandait sans cesse à sa mère un dessin animé.

"Ces écrans qui capturent nos enfants", c'est un reportage de Géraldine Hallot et Fabien Gosset à écouter en longueur ce dimanche dans l'émission Interception.

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