Le pays connaît une crise financière sans précédent, ce qui pousse certains Libanais à plier bagage.

Des routiers, sans emploi à cause du Covid-19, en train de bloquer des routes dans la capitale Beyrouth.
Des routiers, sans emploi à cause du Covid-19, en train de bloquer des routes dans la capitale Beyrouth. © AFP / Mahmut Geldi

Au Liban, un habitant sur deux est passé sous le seuil de pauvreté. Le pays s’enfonce dans une crise économique et financière sauvage, sans précédent. Du niveau de la Grèce en 2008, sauf qu’il y avait l’Europe en soutien. Là, le Liban est seul. En quelques mois, la livre libanaise s’est effondrée, les prix s'envolent. Le climat social est explosif, le climat politique aussi. Et le Liban se vide de ses habitants.

Dans le cabinet du Dr Fayad, les enfants défilent avec leurs parents. Une soixantaine chaque semaine, pour ce pédiatre franco-libanais qui est aussi spécialisé en endocrinologie dans un hôpital de Beyrouth. Il y a six mois, la consultation à 75.000 livres libanaises rapportait environ 50$ au Dr Fayad. Aujourd’hui, c’est moins de 10$. Et impossible d’augmenter les tarifs, car les familles aussi subissent la crise. Certains ont perdu leur emploi, d’autres sont payés au lance pierre.

Formé en France, le Dr Fayad est revenu au Liban à la fin des années 90 pour faire sa vie dans son pays d’origine, près de ses parents, et pour participer à sa manière au développement du Liban. Mais 20 ans plus tard, la crise est trop profonde, alors il se résigne à partir : quitter le Liban, pour ne pas sombrer avec lui.

Tourner la page sera difficile pour le Dr Fayad, moins pour son épouse, qui a déjà fait son deuil. Professeur de lycée, elle a cru au soulèvement populaire d’octobre dernier, quand les Libanais ont pris la rue pour réclamer la fin des partis confessionnels accusés d’incompétence. Neuf mois plus tard, ils tirent toujours les ficelles, et le Liban s’enfonce encore.

Impossible de savoir combien de Libanais prévoient de partir, mais pour le Dr Fayad, c’est une vague qui va marquer l’été, avec le départ de tous ceux qui ont des doubles nationalités. De nombreux expatriés aussi, comme Alexis. Ce Français de 28 ans est arrivé à Beyrouth en 2015 pour travailler dans une start-up.

"C'est impossible de rester ici"

Tout en bas de l’échelle, il y a aussi les petites mains du Liban. Femmes de ménages, baby-sitters ou ouvriers venus d’Afrique ou du sous-continent indien. Leurs salaires misérables faisaient quand même vivre leurs familles restées au pays. Aujourd’hui, c’est terminé. Chandra a 52 ans, elle est Sri-lankaise, 15 ans au Liban pour payer l’éducation de ses enfants : "Chaque mois, j’envoyais 400 dollars à ma famille, mais ça fait neuf mois que je n’ai rien envoyé. Je ne gagne même plus assez pour moi et y’a plus de dollars pour envoyer. C’est impossible de rester ici."

Chandra partira cet été, avec un billet d’avion payé par son employeur. Une chance, car nombre de ces étrangers doivent se débrouiller, renvoyés ou même abandonnés dans la rue par des patrons qui ne peuvent plus les payer. Leur sort dépend alors de leurs ambassades. Celle des Philippines par exemple organise des rapatriements. Mais celle d’Éthiopie n’en n’a pas les moyens. Et elles sont des dizaines de femmes à camper devant leur représentation diplomatique, en attendant une aide pour partir elles aussi.

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