Le Royaume-Uni vote pour élire ses députés, sur fond de débat sécuritaire après les attentats de Londres et de Manchester, et alors que les inégalités sociales se creusent.

Pavillons ouvriers dans un quartier populaire de Oldham
Pavillons ouvriers dans un quartier populaire de Oldham © Reuters / Phil Noble

Le Royaume-Uni vote ce jeudi pour élire ses députés, alors que la question de la sécurité, après les attentats de Londres et de Manchester, domine le débat.

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Mais l’autre grande préoccupation des électeurs, ce sont les inégalités sociales qui se sont creusées ces dernières années. Exemple à Oldham, au nord de Manchester, ville britannique la plus défavorisée d’après l’Office national des statistiques.

Ici, les films de Ken Loach viennent immédiatement à l’esprit, dans ces rues où les petites maisons en briques rouges n’ont pas été ravalées depuis des années. A Oldham, les indicateurs laissent sans voix : 34% des enfants y vivent dans la pauvreté.

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système injuste pour les chômeurs

Pierre, la quarantaine, et au chômage depuis deux mois, venu chercher de quoi manger, dans l’une des trois antennes de la Banque Alimentaire de la ville : "Dans ce sac, il y a des nouilles, de la soupe, des pâtes, ça devrait me faire la semaine : je ne suis pas un gros mangeur !"

Pierre fabriquait des gâteaux de mariage chez Mark & Spencer. Il a été licencié à cause d’un problème à la jambe qui l’empêche de rester debout trop longtemps. Deux mois plus tard, Pierre ne touche toujours aucune indemnité, une conséquence de la réforme de l’assurance chômage mise en place par le gouvernement conservateur en 2013.

Mike Kendrick, bénévole à la banque alimentaire :

Les conditions ont changé pour les chômeurs. Aujourd’hui il y a un délai de deux mois entre votre première visite à Pôle Emploi et le versement de vos indemnités chômage. C’est un système très injuste

"Et puis les chômeurs doivent compter sur l’indulgence de leurs propriétaires, pour qu’ils acceptent de les loger, en attendant qu’ils reçoivent de quoi payer leur loyer. C’est pour ça qu’il y a autant de chômeurs qui dorment dans la rue".

En attendant, Pierre, avec sa jambe malade pointe trois fois par semaine à Pôle Emploi : "Je suis prêt à prendre n’importe quel emploi. Je travaille depuis que j’ai quatorze ans, et je déteste ne rien faire. J’aime le travail manuel. Utiliser mes mains".

Pourtant, les indicateurs économiques sont tous au vert

Aujourd’hui plus de 5% de la population d’Oldham se nourrit grâce à la banque alimentaire, mais paradoxe : au Royaume-Uni, les indicateurs macro-économiques sont au vert. Malgré le vote en faveur du Brexit, le taux de chômage est très bas : 4,6%, et la croissance pourrait atteindre 1,5% en 2017…

Mais dans le même temps, les inégalités sociales se creusent : aujourd’hui les 1000 personnes les plus riches du pays ont des revenus supérieurs aux 40% des ménages les plus pauvres. Difficile de faire plus grand comme fossé, dit Kathryn Simpson, professeur en sciences politiques à l’Université de Manchester :

Il y a une forte augmentation des contrats dit 'zéro heure'. On le voit dans les entreprises comme Sports Direct, Uber, ou Deliveroo. Avec ce type de contrats, vous n’avez aucune rémunération fixe. Et si vous avez une famille à charge, et un prêt à rembourser, c’est très difficile.

"La précarité augmente beaucoup chez les salariés britanniques", conclut-elle.

Comment cette précarité sociale se traduira-t-elle aujourd’hui dans les urnes ? À Oldham, la Première ministre Theresa May est accusée de tous les maux, d’avoir cassé le système social, et de ne pas assure la sécurité du pays.

Trevor, travailleur intérimaire, est encore très choqué par les récents attentats :

Il est temps de changer de gouvernement. J’aime passionnément mon pays, mais là il faut bien avouer que nos dirigeants ont échoué : Ils n’ont pas assuré notre sécurité.

"Ces atrocités n’auraient peut-être pas eu lieu, poursuit-il, s’il y avait eu plus de policiers dans les rues, plus d’agents dans les services de renseignements. Et maintenant Theresa May répète en boucle 'Ce n’est pas ma faute'. Mais si, c’est sa faute : elle dirige le pays !". Trevor a donc décidé de voter travailliste : il leur fait plus confiance pour corriger les inégalités sociales qui déchirent le pays.

Reportage réalisé par Géraldine Hallot et Jean-Marie Porcher.

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