Hier ont eu lieu les deuxièmes élections législatives depuis la chute de Saddam Hussein. Près de 20 millions d'électeurs étaient appelés à élire 325 députés parmi 6.200 candidats ! L'enjeu est de taille puisqu’il s’agit de réconcilier notamment chiites, sunnites et kurdes. Une ville concentre tous les défis auxquels l’Irak doit faire face : Kirkouk, ville très riche en pétrole, considérée comme une poudrière qui dépend de l'autorité de Bagdad. Son rattachement à la région du Kurdistan est devenu l'une des revendications majeures des Kurdes, ces derniers disent que c’est leur Jérusalem, écoutez Awaz Khadir rencontrée sur un marché de Kirkouk, elle était candidate hier sur la liste Goran qui veut dire changement en kurde (interview). Alors il faut avoir en tête que la constitution irakienne dispose de l’article 140 qui prévoit l’organisation d’un référendum, pour permettre aux habitants de Kirkouk de choisir de qui ils veulent dépendre de Bagdad ou bien d’Erbil. Référendum qui aurait dû avoir lieu à plusieurs reprises depuis 2007 et plusieurs fois repoussé. Kirkouk, entourée de champs de pétrole, est une cité multi ethnique habitée par des kurdes, majoritaires, des arabes sunnites, des turkmènes et des chrétiens chaldéens. Abdulraman Moustapha est gouverneur de la province de Kirkouk (interview). Ce référendum, le parlement central de Bagdad n’est pas pressé de l’organiser, bien au contraire. Quant aux autres communautés de la ville comme les turkmènes et les arabes, ils ne veulent pas en entendre parler. Ismaël Hadidi arabe de Kirkouk, était candidat hier lors des dernières élections (interview). Situation explosive donc à Kirkouk alors que les forces américaines vont débuter leur retrait du pays à partir de cet été. Les troupes américaines doivent avoir terminé leur retrait d'ici la fin de l'année 2011, ils sont près de 100 000 soldats en Irak. Une première étape importante est celle qui interviendra d’ici la fin du mois d’août de cette année. Les Etats-Unis prévoient de retirer toutes les forces combattantes, soit près de 50 000 hommes. Une perspective inquiétante pour Jamal Taher Baker, directeur de police de Kirkouk (interview). Tout récemment et au vu de la situation extrêmement tendue à Kirkouk, le général Odierno, commandant des forces américaines en Irak, a fait savoir que des troupes pourraient rester après 2011, notamment dans la province de Kirkouk, pour épauler les soldats irakiens. Mais pour Chris Nallen, officier américain chargé de la coordination avec l’armée irakienne, cette dernière est prête à prendre le relais (interview). Un mot pour finir concernant le scrutin d’hier. Les résultats définitifs ne sont pas attendus avant le 18 mars, et il faudra des mois avant qu'un nouveau gouvernement ne soit formé. ___Un reportage d’Omar Ouaman et Eric Damaggio à Erbil, capitale de la région semi autonome du Kurdistan irakien.

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