Cinq mois après l'affaire Weinstein, l'affaire qui a libéré la parole sur les violences sexuelles et sexistes, quel état des lieux, quelle prise de conscience au sein du monde du travail ?

#BalanceTonPorc et #MeToo ont changé quoi dans le quotidien des techniciennes, des cadres qui travaillent dans la restauration, l'industrie ou l'informatique ?
#BalanceTonPorc et #MeToo ont changé quoi dans le quotidien des techniciennes, des cadres qui travaillent dans la restauration, l'industrie ou l'informatique ? © Maxppp / Jean-Renaud SANCKE

Loin des célébrités et des personnalités politiques épinglées, France Inter est allé à la rencontre de femmes et d'hommes ordinaires dans plusieurs entreprises. Un univers où le tabou du sexisme n'est pas si facile à briser. 

Elles travaillent dans la restauration, l'industrie ou l'informatique... à différents niveaux de hiérarchie. Rébecca, salariée dans la restauration, supporte depuis des années, sans appui de sa hiérachie, l'un de ses collègues qui ne cesse de rabaisser et de stigmatiser son entourage féminin, sur le ton de la blague.

Lorsqu'une nouvelle arrive dans le service, on la protège. Certains secteurs sont très masculins. Les femmes se font siffler, complimenter de manière insistante sur leur tenue vestimentaire. Elles n'osent pas passer par certains endroits de l'entreprise. C'est pas facile, surtout lorsqu'on n'est pas en forme. Aucune prévention n'est faite.

Réseaux d'alerte interne et sensibilisation

Dans certains métiers, les hashtag #BalanceTonPorc et #MeToo ont tout de même ouvert la porte à la discussion.

Jeanne a été très secouée lorsqu'en tant que cadre dans l'industrie, elle s'est vue refuser une promotion sur un poste, au motif, rapporté par une dirigeante, qu'elle aurait eu une relation avec son supérieur. La question lui a même été directement posée : 

Jamais la question n'aurait été posée à un homme. C'est blessant et destructeur, surtout quand c'est infondé. 

"Mais il y a aussi toutes ces remarques plus anodines dont l'accumulation finit par apparaître inadmissible", explique-t-elle "Les 'miss', les 'ma belle'. Depuis l'affaire Weinstein, on en parle et on a même lancé un réseau d'alerte. Il faut éradiquer le harcèlement mais aussi ne pas laisser passer les paroles déplacées"

Preuve que les lignes bougent, certaines entreprises font de la sensibilisation sur le sujet. Devant l'avalanche de sollicitations d'entreprises qui a suivi l'affaire Weinstein, la compagnie Théâtre à la carte, qui joue des pièces devant des salariés de grandes sociétés tourne partout en France en ce moment avec une nouvelle saynète intitulée "le sourire de la plombière". 

Dans le public, Anthony, agréablement secoué par ce qu'il vient d'entendre :

Ca remue des choses dont on ne parle pas entre nous dans les services. Il y a des mots, des remarques qu'on n'entend même plus, qui ne nous choquent plus, à tort!

Complicité collective

Rendre choquant ce qui ne l'a pas été pendant tant de temps pour les témoins, pour les syndicats aussi. Guillaume, représentant du personnel dans le secteur de l'énergie, avoue avoir vu les comportements de ses collègues syndicalistes évoluer. Aujourd'hui il défend très activement plusieurs salariées victimes de harcèlement sexuel.

Les syndicats ont longtemps été complices, comme tout le monde d'ailleurs, mais ça change, entre autre grâce à la médiatisation. Avant on déplaçait les managers harceleurs discrètement. J'ai vu des syndicalistes proposer cela à la direction. On minimisait. Aujourd'hui ça ne pourrait plus passer. 

Constat partagé par la secrétaire générale du Conseil supérieur de l'Égalité professionnelle, en charge des questions de sexisme en entreprise. 

Brigitte Grésy observe avec enthousiasme ce récent frémissement, mais attention, dit-elle, à ne pas se mettre en danger. 

Il faut que les femmes se préparent à la résistance, sans perdre leur place, sans se mettre en difficulté ! Ne rien laisser passer, mais réfléchir, élaborer une réponse pour éviter les situations impossibles.

Car sans soutien collectif, les initiatives individuelles ou la colère peuvent affaiblir certaines femmes. D'où l'urgence de formation à tous les étages des entreprises, pour mieux accompagner toutes celles qui sortent du silence. 

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