À Marseille dimanche, comme dans plusieurs villes de France, on a manifesté pour soutenir le mouvement démocratique en Algérie. Ils étaient environ 600, soit dix fois moins qu’à Paris. La cité phocéenne compte pourtant une des communautés algériennes les plus importantes de France, entre 130 de 150 000 personnes.

À Marseille on manifeste pour l'Algérie, comme ici dimanche, mais en se posant beaucoup de questions
À Marseille on manifeste pour l'Algérie, comme ici dimanche, mais en se posant beaucoup de questions © Radio France / Olivier Martocq

Marseille c’est l’accès direct à Alger par ferry, avec plusieurs liaisons maritime hebdomadaire. Ici on suit avec inquiétude ce qui se passe sur l’autre rive de la Méditerranée, mais de fait la communauté algérienne y est divisée. Il suffit de se rendre dans les lieux fréquentés par la Diaspora comme le SCOOP, un restaurant des quartiers nord, pour comprendre que les Algériens suivent toute la journée et en direct les événements. 

Mohamed Djadi et Djemail Athmane respectivement pharmaciens et médecin ont l’œil rivé sur leurs smartphones. Les débats sont enflammés.  "On est sur YouTube tout le temps, parce que les gens filment et envoient  leurs images à tout le monde. Là par exemple c'est sûr que c'est un événement qui ne sera jamais montré dans la télé nationale. Les manifestants on fait un cordon pour protéger la police, pour éviter que ça dégénère." "C'est un truc de maturité politique assez intéressant. C'est au peuple de protéger les policiers parce que policier après tout ils reçoivent des ordres, mais ils font du pape." "Tout le monde veut que le système change, qu'il dégage."

La propriétaire du scoop fait de la politique et est élue sur les listes de Jean-Claude Gaudin : "C'est une vraie communauté, certainement pas structurée, ça c'est clair, concentrée sur ce qui se passe en Algérie. Il y a de grosse discussion politique et les français d'origine algérienne s'y intéressent."

Dans les quartiers nord,  la tendance est ouvertement pour le changement. Mais les réseaux FLN ne restent pas inertes. L’amicale des Algériens organise, par exemple, des rencontres pour faire pression sur la communauté. Elle tente notamment d’influencer les femmes.

"Il y avait des personnes qui étaient favorables au 5e mandat de Bouteflika et à un moment donné ils m'ont dit 'mais comment ça tu ne viens pas avec nous ?' J'ai refusé en disant tout simplement que je suis Française et que je me sentais bien avec cette identité et pour eux c'était incompréhensible puisque eux-mêmes sont Français, mais se considèrent fondamentalement plus Algérien que Français. Moi je l'ai mal vécu puisqu'on me regarde comme quelqu'un qui rejette sa culture, qui rejette son pays. Mon pays c'est ici." "Comme ma collègue moi je suis née en Algérie, je suis venue en France après. Et on me disait 'mais tu n'as pas la double nationalité ?' À chaque fois je disais 'pas du tout'. "'Ah tu es une bâtarde'...". Les mots sont dur les discussions souvent enflammé.

Les éventements d'Algérie sont au coeur de toutes les conversations du salon de coiffure du cours Belsunce
Les éventements d'Algérie sont au coeur de toutes les conversations du salon de coiffure du cours Belsunce © Radio France / Olivier Martocq

Dans un salon de coiffure du cours Belsunce, dans le centre-ville derrière la Cannebière, les discussions là aussi sont permanentes et tendues. Yassine 19 ans, qui a passé toute sa jeunesse à Alger et qui vient d’arriver en France, explique que ce qui l’a poussé à partir c’est l’absence de perspectives. Après la fac il n'y a pas de travail.

Zoel Abada acquiesce à ce propos. Il est arrivé lui en France il y a 10 ans et ne compte pas repartir. À Marseille il a un travail, une femme et deux enfants. Sa vie désormais est ici d’autant que traverser la Méditerranée pour aller voir sa famille ne pose aucun problème. Lui aussi reconnait qu’il n’y a pas d’avenir à l’heure actuelle en Algérie car il n’y a pas de boulot tout simplement. 

Abbes Mokeddem, le propriétaire du salon de coiffure, a fait le même chemin que ces deux jeunes mais il y a 39 ans. Sa perception de la situation en Algérie est différente. Il retourne chaque mois trois jours à Oran pour passer un peu de temps avec sa mère. Selon lui, la situation ne s’est pas dégradée. Il fait bon vivre en Algérie. Surtout il met l’accent sur le risque de chaos. Un scénario à la Tunisienne ou pire la Libyenne. Alors aux jeunes il conseille de bien réfléchir avant de s’enflammer. 

Bref Marseille reproduit à l’identique le débat qui parcours la société Algérienne… 

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