Les nanotechnologies, vous roulez dedans, vous en portez peut-être, vous en étalez sur votre peau et pourtant vous l'ignorez ! Plastiques de voiture, raquettes de tennis, textiles, verres, aciers. Mais aussi certains médicaments et produits cosmétiques. Ces technologies du minuscule, où l'on manipule la matière à l'échelle de l'atome, sont déjà dans notre vie quotidienne. Faut-il s'en réjouir ou s'en méfier ? Sont-elles utiles ou pur objet de marketing ? Les nanotechnologies, nouvel eldorado ou simple mirage ? L'union européenne se pose sérieusement toutes ces questions. Il y a une dizaine de jours, la commission européenne organisait le premier colloque autour de cette question : le succès des nanotechnologies dépendra de leur niveau de sécurité. Autrement dit, comme pour les OGM ou toute nouvelle technologie, le discours enthousiaste des scientifiques ne suffit plus. Le citoyen doit pouvoir peser le pour et le contre, être convaincu de l'innocuité des nanotechnologies, avoir la garantie que toutes les études d'impact ont été menées afin de faire un choix. Je les utilise ou pas, je les achète ou pas. Premier obstacle : comment sait-on qu'on achète un produit nano ou avec des nanoparticules dedans par exemple ? Il n'y a pas de définition claire. Le nanomètre, c'est pourtant le milliardième de mètre mais entre un nanomètre (30 000 fois plus fin qu'un cheveu) et 100 nanomètres (70 fois plus petit qu'un globule rouge), la fourchette est large. Quiz : Parmi une liste d'objets, lesquels ont un rapport avec la NANOtechnologie ou sont des nano objets ? Le béton ou les vitres autonettoyants ? La farine du boulanger ? Le rouge à lèvres longue tenue ? La bouteille plastique d'un jus d'orange ? Le pare choc de votre nouvelle voiture ? Les cochonneries qui sortent du pot d'échappement de la voiture devant vous ? Tous contiennent des "nano" ! Selon le centre international Woodrow Wilson, il y aurait aujourd'hui 580 produits de consommation courante sur le marché mondial. Mais très peu s'affichent comme tels. Or, si l'on veut établir une relation de confiance entre fabriquants et utilisateurs de nanos, mieux vaut jouer la transparence plaide Françoise Roure, en charge du dossier nanotechnologie au ministère de l'industrie (interview). Mais pourquoi faudrait-il pouvoir identifier ces produits ? Quand on achète un soda ou une crème solaire, on ne se demande pas s'il y a de la nanotechnologie dedans. On devrait ? C'est un peu comme les OGM. L'innovation de ces produits vient de ce qu'on utilise les propriétés physiques ou chimiques de la matière à l'échelle nanométrique. Or, on s'est rendu compte qu'à cette échelle là, les possibilités étaient immenses, parfois insoupçonnées. Le revers de la médaille c'est que les incertitudes sont nombreuses. Ces nanoparticules, j'en mange, j'en inhale : vont-elles se balader dans mon corps ? Ne vont-elles pas traverser les membranes des cellules, interagir avec elles ? Faute d'études suffisantes, le ministère du commerce britannique affirmait l'an passé qu'il y avait un manque de clarté sur la sécurité des nanotechnologies. A la commission européenne, Georgette Lalis pense que le consommateur est couvert par la législation en vigueur. Elle est responsable de la direction générale « Entreprises » à la commission (interview). Le problème c'est que la législation sur les cosmétiques date de 76 et si vous trouvez du zinc dans la composition de votre rouge à levres, vous ne trouverez pas le mot nanoparticules. Idem pour le dioxyde de titane dans la crème solaire. Les associations de consommateurs présentes à Bruxelles ont dit qu'il faudrait exiger un étiquettage. Un avis pas forcément partagé par Robert Madelin. A la commission européenne, il a en charge la direction de la santé et de la protection des consommateurs (interview). En fait, ce qui a fait l'unanimité à Bruxelles lors de ces réunions, c'est la nécessité de mieux évaluer les risques afin de pouvoir juger du rapport bénéfice risque. Le problème c'est que seulement 2% des fonds publics injectés dans les programmes nanos ont été consacrés ces 5 dernières années à cette évaluation des risques en Europe. Et si on parle d'investir plus d'ici 2012, on se garde bien de chiffrer le montant alloué aux futures études d'impact sanitaires des nanos. Les industriels ont promis de s'impliquer plus. Les associations ont réclamé le droit pour les citoyens de refuser les nanos et surtout de l'information sur le sujet, voire de la formation. Un dossier de Sophie Bécherel.

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Page du CNAM sur la conférence

Ce soir, à 18h, au Centre National des Arts et Métiers à Paris, une conférence sera consacrée aux nanomatériaux, notamment le béton, conférence qu'on pourra télécharger sur le site du CNAM.### Site du CNAM

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