A quelques kilomètres des côtes turques, 10 000 migrants vivent sur l'île grecque de Lesbos, qui compte 90 000 habitants. La plupart d'entre eux vivent dans le camp de Moria, où, selon le Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU, les conditions de vie sont "abjectes".

Le camp de Moria héberge trois fois plus de demandeurs d'asile que sa capacité officielle
Le camp de Moria héberge trois fois plus de demandeurs d'asile que sa capacité officielle © Radio France / Delphine Evenou

Le camp de Moria est protégée par un mur d'enceinte, et trois rangées de barbelés. Les autorisations d'accès dans ce que l'on appelait autrefois un "hotspot" sont très rares. Mais pour comprendre les conditions de vie de ces demandeurs d'asile, il suffit de contourner le camp officiel. Un deuxième camp, sauvage, s'est greffé sur la colline d'oliviers. Les tentes s'y enchevêtrent. On estime que 2000 personnes y vivent. 

Dans le grillage qui sépare "la jungle" du camp, des trous permettent de pénétrer dans la zone restreinte si protégée côté route. Ici, les tentes sont moins nombreuses. Elles ne devraient pas exister, puisque les demandeurs d'asile sont censés être hébergés dans des Isobox, ces gros conteneurs, où l'on colle des lits superposés. Les sanitaires collectifs sont insalubres. 

A Lesbos, les migrants n'ont en général qu'une seule activité possible : aller chercher de la nourriture. L'attente est longue : jusqu'à dix heures certaines journées, avec régulièrement des scènes de violence. 

Attendre, et devenir fou

Le camp de Moria est une prison à ciel ouvert. Les demandeurs d'asile n'ont rien à y faire, et des conditions de vie déplorables. Ils se sentent bloqués et étouffent d'ennui. Les cas de détresse psychologique se multiplient, tout comme les consultations offertes par Médecins Sans Frontières qui s'inquiète notamment de la situation des plus jeunes. Trois enfants ont tenté de se suicider ces dernières semaines. 

Les adultes, eux, réactivent leurs traumatismes passés, avec des symptômes de stress post-traumatiques (dépression, évitement, cauchemars, insomnies) et des troubles psychotiques (hallucinations, voix, délires). "En quoi va se transformer ce traumatisme collectif ?" s'interroge ainsi le psychiatre de MSF. 

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