Reportage en immersion à l’École Nationale de l’Administration Pénitentiaire, à Agen, avec les quelque 1.700 élèves surveillants, formés cet automne pour six mois. L'afflux de candidats est record, malgré la menace terroriste, qui figure d’ailleurs parmi les cours majeurs.

Vue extérieure de l'École nationale de l'administration pénitentiaire (ENAP)
Vue extérieure de l'École nationale de l'administration pénitentiaire (ENAP) © Radio France / Sophie Parmentier

N’oubliez pas votre cadre légal par rapport à la légitime défense, si je dois riposter, faut que ce soit nécessaire...

Au milieu d’un groupe d’élèves surveillants plus ou moins musclés, nus pieds sur un tatami, le formateur, 15 ans d’expérience à la prison de Fresnes, enseigne comment parer les coups, en cas d’agression au couteau par un détenu. "Je vois le couteau, déjà, je montre mes mains. Pas de veines face à lui, parce que là, il peut couper. Donc simultanément, je vais enlever mon bassin, bloquer, frapper. A partir de là, il va aller au sol, sur le ventre. Et on finit, hyperflexion du poignet, pour récupérer le couteau. " Les élèves répètent l'exercice en boucle. "Là, ce que je leur apprends, c’est le cas extrême", explique le formateur. "Si jamais ils sont obligés de se défendre, c’est une des défenses. C’est comme les gestes de premier secours. Et nous, notre priorité, c'est la maîtrise de l'individu, donc c'est vraiment un travail en équipe, maîtriser pour arriver au menottage." Un bruit strident retentit dans une autre salle de l'école. Le cours suivant porte sur la détection des objets interdits en prison. Magnétomètre en main, face au portique de sécurité, une enseignante détaille comment détecter tous les objets interdits en détention : armes à feu, stupéfiants, nourriture, argent, et téléphone. "Pourquoi le téléphone c'est interdit ?", interroge la prof. "Parce qu'ils risquent de communiquer avec l'extérieur !" répond du tac au tac. "Téléphoner pour appeler sa maman, c'est pas grave", rappelle l'enseignante. "Mais il y a les risques d'évasion !", renchérit un élève.

Une cellule factice visitée par des élèves  de l'ENAP
Une cellule factice visitée par des élèves de l'ENAP © Radio France / Sophie Parmentier

L’évasion spectaculaire de Redoine Faïd a marqué tous les élèves, à la moyenne d’âge de 28 ans, aux profils très divers : certains ont le baccalauréat, d’autres sont d’anciens légionnaires. Damien, lui, est un sportif de haut niveau, champion de marche athlétique. "En fait, mon souhait, ce serait de devenir moniteur sportif par la suite, pour pouvoir permettre aux détenus de se réinsérer à travers le sport. Moi, j'ai un vécu personnel et j'ai remarqué que des personnes qu'on disait destinées à devenir des "voyous", c'est à travers le sport que ça leur a permis d'évoluer en tant qu'homme".

La directrice, Sophie Bleuet voudrait que tous les élèves retiennent surtout des valeurs d’humanisme.

La valeur phare, c’est celle de l’exemplarité, pour inspirer le respect aux détenus

Un véritable incendie se déclenche dans une cellule factice. Les élèves surveillants, un peu paniqués, apprennent à manier l’extincteur.

Simulation d'incendie (réel) dans une cellule (factice)
Simulation d'incendie (réel) dans une cellule (factice) © Radio France / Sophie Parmentier

Dans les prisons françaises, il y a deux départs de feu par jour, souvent provoqués par des détenus désespérés. Apprendre à repérer les risques de suicide est aussi devenu un cours central à l’École nationale de l’administration pénitentiaire, où sont formés, à la fois les surveillants, les directeurs de prison, et les conseillers d'insertion et de probation.

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