La crise sanitaire est un accélérateur du télétravail dans les entreprises. Et travailler chez soi ou dans des espaces partagés près de son domicile, cela modifie la vie des salariés et leurs habitudes. Certains quartiers d'affaires se dépeuplent, quand des communes résidentielles retrouvent de l'activité.

La botte de Portzamparc, qui prend appui et enjambe la gare Lille-Europe.
La botte de Portzamparc, qui prend appui et enjambe la gare Lille-Europe. © AFP / MOULU Philippe

En achetant une grande maison à Croix, commune de 21.000 habitants en périphérie de Lille, Rudy ne pensait pas un jour y installer son bureau. Et pourtant, dans son entreprise, la crise sanitaire a précipité le passage au télétravail. Cadre dans le domaine du digital, il est passé d'une journée de travail à domicile par semaine, à un temps complet. "Dans mon secteur c'est simple. De toute façon les équipes que je gère sont disséminées en Europe, mon chef est aux Etats-Unis. Le bail de nos bureaux arrivait à son terme à la fin du confinement, tous les salariés sont donc restés à travailler chez eux" explique le trentenaire. Dans une pièce du rez-de-chaussée, Rudy a donc recrée son bureau. Trois écrans, un tableau blanc, il passe désormais ses journées à domicile.

Un confort de vie, dans son quartier

"Je gagne une heure par jour de transport. Le matin c'est moins de stress pour être sûr d'arriver à l'heure au travail. Le soir ça me permet de passer du temps avec les enfants". De nombreux télétravailleurs en font l'expérience : éviter les bouchons et passer plus de temps chez soi, cela offre de nouvelles perspectives, et pour Rudy, c'est d'abord profiter de ses filles. "Avant quand j'allais les chercher c'était en voiture, directement en sortant du bureau. Maintenant, j'y vais à pied".

Et cette présence dans son quartier, elle passe aussi par la découverte (ou la redécouverte) des commerces de proximité. "C'est vrai qu'on achète beaucoup plus à la boulangerie. On s'arrête dans les commerces du quartier, ce que l'on ne faisait pas avant puisque l'on circulait en voiture". Une tendance que confirme la boulangère de chez Burggraeve, juste à côté, avec l'arrivée de nouveaux clients même si elle s'interroge : "Est-ce que c'est temporaire, est-ce que c'est dû au télétravail ? On ne sait pas encore. Il faudra attendre la fin du mois pour y voir plus clair".

Les quartiers d'affaires dépeuplés

A l'opposé de cette vie de quartier qui semble se développer, il y a EuraLille ou le secteur de Lille Grand Palais. Des quartiers de bureaux en manque de travailleurs. Au pied de l'immeuble qui abrite le siège de la Région Hauts-de-France, deux salariés s'accordent une pause cigarette et confirment que de nombreux postes restent vides. A la Région, un tiers des effectifs est en télétravail en moyenne deux jours par semaine, et cela se ressent sur l'activité économique du quartier.

"Avant on vendait 150 formules par jour" assure Joseph qui tient le snack Au Moulin d'Or juste en face, "maintenant si on en fait 40 le midi, on est contents. Parfois on reste ouverts juste pour être présents, occuper le terrain. Mais nous ne sommes plus que deux à travailler alors que nous étions cinq ou six avant le confinement" explique le gérant. Au Bistronome, quelques centaines de mètres plus loin, l'équipe ne sert plus que 70 couverts le midi, contre 130 au début de l'année. Une pizzeria toute proche est fermée, une affichette "bail à céder" est collée sur la devanture. 

Joseph, le gérant du Moulin d'Or ne reconnaît plus son quartier, qui a perdu son âme. "On va pas dire que c'est une ville morte ou une rue morte, mais le quartier est tous les jours comme le dimanche, il n'y a personne. Il n'y a plus l'âme d'il y a encore cinq mois", se désole Joseph installé ici depuis plus de dix ans. Même plus d'embouteillages devant chez lui, le flot des voitures s'est tari. Et il en viendrait presque à regretter les bouchons.

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