Les tumeurs sont heureusement assez rares, mais pour la plupart d'entre elles le diagnostic reste sombre, même si la science progresse et les solutions thérapeutiques s'étoffent

Opération pour retirer une tumeur cérébrale effectuée par le professeur Linda Liau, une spécialiste américaine
Opération pour retirer une tumeur cérébrale effectuée par le professeur Linda Liau, une spécialiste américaine © Reuters / Lucy Nicholson

Les cancers du cerveau représentent à peu près 4.000 nouveaux cas chaque année. Ça représente 1% des cancers diagnostiqués en France.

Il y en a de multiples sortes, et tous portent des noms assez imprononçables. Beaucoup sont incurables, il y aura des rechutes, mais les rémissions peuvent durer de nombreuses années. Pour certains types de cancers, les plus courants, l'espérance de vie reste malgré tout assez faible.

Si le cancer du cerveau est si particulier, ça tient à plusieurs choses : aux manifestations de la maladie, qui sont très handicapantes - on peut perdre la parole la marche - mais aussi au cerveau lui-même qu'il est difficile de traiter

Caroline Dehais est neurologue à La Pitié salpêtrière à Paris : 
Le problème c’est ce qui est dans le sang ne peut pas rentrer dans le cerveau. Malheureusement c’est un obstacle au traitement car les chimiothérapies rentrent difficilement dans le cerveau et en termes de recherches ça rend les avancées beaucoup plus compliquées. Soit on n’arrive pas à accéder au cerceau, soit la dose efficace est toxique, et la dose va détruire la tumeur, mais aussi les cellules saines et le cerveau en parallèle.

Longtemps on n'a pas su soigner ces tumeurs

Ne serait-ce que parce que jusqu'aux années 80, on n'avait ni scanner ni IRM pour les visualiser. Aujourd’hui le traitement standard face à la tumeur c'est d'abord la chirurgie. On tente de retirer la masse cancéreuse sans endommager le cerveau. Ensuite on combine chimiothérapie et radiothérapie, un protocole classique auquel sont venues s'ajouter récemment de nouvelles solution thérapeutiques, toutes encore pour l'instant au stade des essais cliniques, mais elles semblent prometteuse.

Ahmed Idbaih est neuro-oncologue : 
Il y a des thérapies moléculaires ciblées, qui sont des médicaments dirigés contre les anomalies moléculaires présentes dans la tumeur. Ces thérapies sont dans le registre des essais thérapeutiques ou de certains cas isolés, mais ce sont des traitements prometteurs. J’ai pris en charge un patient qui présentait une tumeur particulièrement agressive et qui résistait à tous les traitements conventionnels. Sa tumeur présentait une anomalie moléculaire, je lui ai donc proposé de tester un médicament qui visait cette altération moléculaire. Il s’est franchement amélioré. C’est un cas particulier qu’on ne peut pas généraliser à toutes les tumeurs et tous les patients. Mais c’est la preuve du concept, que cela peut marcher
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Parallèlement à ces traitements se développent des dispositifs médicaux très innovants eux aussi

Ils sont, eux aussi, au stade des essais. L’un d'entre eux consiste à délivrer des courants électriques au cerveau qui vont perturber la division des cellules cancéreuses et donc freiner la progression de la tumeur. Un autre dispositif, développé à Paris, consiste à exposer le cerveau à des ultrasons, via un implant posé dans la tête du malade. Ces ultrasons vont rendre le cerveau plus perméable à la chimiothérapie et donc théoriquement renforcer sa diffusion et son efficacité.

Le neurochirurgien Alexandre Carpentier coordonne ces travaux 
On émet les ultrasons durant deux minutes avec une puissance très faible au début de toutes les séances de chimiothérapie. Ca multiplie par cinq la pénétration de la chimiothérapie dans le cerveau avec un espoir d’efficacité bien plus important.

La prise en charge de ces cancers rares et difficiles n’est pas uniforme sur le territoire

Parce que ces cancers sont rares, certaines équipes sont assez démunies et jusqu'à la fin des années 2000, les prises en charges étaient un peu désordonnées, avec des protocoles variés. Pour remettre un peu d'ordre dans tout ça, et donner des standards pour certains types de tumeurs bien particuliers à tous les hôpitaux de France, un réseau s'est mis en place : le réseau Pola. Il existe depuis 2009. C'est un référent auquel tous les médecins peuvent s'adresser pour confirmer le diagnostic et chercher des recommandations.

Le docteur Caroline Dehais fait partie de l'équipe de coordination
On est capables de dire il faut faire tel traitement, avec tel médicament, à telle dose, à tel moment et avec quelle surveillance. Fait-on de la chimiothérapie avec de la radiothérapie ? De la chimiothérapie seule ? De la radiothérapie seule ? La chimiothérapie avant ou après la radiothérapie ? Régulièrement je suis contactée par un collègue écologue qui exerce en province et qui vont ma dire « Je n’ai pas de protocole écrit, pouvez-vous m’envoyer votre protocole ». On échange sur les cas, les indications. On a aussi des réunions nationales sur les cas difficiles

Et le but de ce réseau c'est aussi de développer la recherche sur ces cancers rares, d'analyser notamment les facteurs de risques et les caractéristiques moléculaires de ces tumeurs.

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