On les appelle les Scops, les sociétés coopératives de production. Loin des parachutes dorés, des patrons séquestrés et des licenciements « préventifs », dans une Scop, les salariés sont propriétaires de leur entreprise et se répartissent les bénéfices. A Compiègne, en Picardie, un vaste hangar abrite de modestes bureaux et 250 mètres carrés de laboratoires. Ingénieurs et chercheurs en blouse blanche fabriquent des anticorps, utilisés principalement dans l'industrie pharmaceutique, dans les locaux de PARIS, une petite entreprise spécialisée dans les biotechnologies. C'est en fait l'histoire d'une poignée de salariés qui ont refusé le chômage lorsque leur ancien employeur a mis la clé sous la porte, il y a 10 ans. Amélie Rafael était alors responsable marketing. Avec quelques collègues, elle décide de racheter l'outil de travail et de créer une société coopérative de production. Tous ont investi une partie de leurs économies dans cette affaire. A l'origine, il s'agissait, pour Amélie Rafael et ses associés, de sauver leur emploi (interview). Malgré des débuts difficiles, l'objectif est aujourd'hui largement atteint. Non seulement les emplois ont pu être sauvés, mais l'entreprise a également embauché 5 personnes. Des salariés propriétaires de leur entreprise puisqu'ils détiennent 100% du capital. Depuis 2005, PARIS a dégagé 300 000 euros de bénéfices, dont la moitié a été redistribuée aux salariés sous forme de participation (interview). Meilleure répartition des bénéfices mais aussi plus grande démocratie dans l'entreprise. Devenue PDG en 2003, Amélie Rafael est élue tous les 6 ans par les salariés associés. Chacun possède une voix à l'assemblée générale, quelle que soit la part de capital qu'il détient. Les employés sont informés de l'état de l'entreprise, de son évolution et de ses objectifs. La transparence est donc la règle, y compris pour la grille des salaires, fixée collectivement. Une philosophie qui a séduit Yves-Edouard Herpe, le dernier arrivé dans la société, embauché il y a tout juste un an. Lui aussi pourra bientôt devenir associé (interview). Aujourd'hui, PARIS est en pleine croissance. Une entreprise compétitive qui a choisi de rémunérer le travail avant le capital. Et c'est peut-être la clé de sa réussite. D'ailleurs, les Scops semblent mieux résister à la crise que les entreprises classiques. Pourquoi ? Parce que la plupart ont su justement constituer des réserves qui leur permettent aujourd'hui de faire face à la récession. Même si les coopératives ne sont pas un remède miracle. C’est un modèle d'entreprise qui reste encore marginal en France. Pour l'instant, il existe à peine 2 000 Scop qui emploient plus de 40 000 personnes dans le pays. Il ne s'agit pas seulement de petites entreprises comme celle que nous avons visitée. Certaines coopératives emploient plusieurs milliers de salariés. Héritage des idéaux sociaux du 19ème siècle, la Scop est aujourd'hui une alternative crédible, un modèle dont les principes pourraient être étendus aux entreprises capitalistes traditionnelles. Daniel Bachet est sociologue et spécialiste de la gestion des entreprises (interview). Une nouvelle logique qui permettrait de mettre enfin l’économie au service de l’homme. Un reportage de Yann Gallic. _____LIVRES : Daniel Bachet, « Sortir de l'entreprise capitaliste », éditions du Croquant, 2007. Daniel Bachet « Les fondements de l'entreprise, construire une alternative à la domination financière », éditions de l'Atelier, 2007.

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