En Israël, les législatives ont lieu ce soir dans un climat de fortes tensions. Benyamin Netanyahou, menacé par les affaires, est au coude à coude avec un parti du centre. Mais les sondages le donnent favori pour former une coalition. La droite religieuse et identitaire pourrait sensiblement progresser.

Le leader du parti d'ultradroite Force juive (Otzma Yehudit) célèbre la fête de Pourim à Hébron, en Cisjordanie, le 21 mars dernier.
Le leader du parti d'ultradroite Force juive (Otzma Yehudit) célèbre la fête de Pourim à Hébron, en Cisjordanie, le 21 mars dernier. © AFP / Hazem Bader

C’est un accueil à la fois viril et fiévreux. Dans une ambiance de bal populaire, dans la banlieue pauvre de Tel Aviv, le parti d’ultradroite Force juive célèbre son retour sur le devant de la scène. Force juive est à la droite de l’extrême droite. Il puise ses racines dans un parti raciste interdit dans les années 80. Cette formation identitaire a été remise en selle par le Premier ministre.

A la tribune, les orateurs s’en prennent à la Cour suprême et aux partis arabes d’Israël. Dans la salle, Rehem, militant, considère que l’identité juive dans le pays est menacée. Par certains juifs, qui s’écarteraient des valeurs traditionnelles, et par les Arabes d’Israël.

Il nous faut notre état juif a nous. L’idée, ce n’est pas qu’il n’y ait pas d’arabes ici. Je les respecte complètement, mais ils doivent comprendre quelle est leur place.

L'enjeu sécuritaire

Changement de décor. Dans une synagogue du centre de Tel Aviv, le leader de La Nouvelle Droite, un autre parti d’extrême droite, membre de la coalition gouvernementale, parle aussi d’identité. Mais son programme est avant tout sécuritaire. Gaza est dans le viseur : l'occupation, c’est la sécurité dit en substance Caroline Glick, la candidate numéro 6 sur la liste.

« Après notre retrait de Gaza et du Liban, on sait maintenant que quand on n'est pas sur place, on crée un vide, et il est toujours repris par nos ennemis. »

On nous avait dit que Gaza sans nous, ça allait être Singapour. Au lieu de cela, c’est devenu l’Afghanistan de la Méditerranée. On est parti et c’est juste devenu un territoire contrôlé par les terroristes.

Une affiche du parti d'ultradroite Otzma Yehudit (Force juive). Pour ses militants, l'identité juive est doublement menacée : par certains juifs qui s’écarteraient des valeurs traditionnelles et par les Arabes d’Israël.
Une affiche du parti d'ultradroite Otzma Yehudit (Force juive). Pour ses militants, l'identité juive est doublement menacée : par certains juifs qui s’écarteraient des valeurs traditionnelles et par les Arabes d’Israël. © Radio France / Etienne Monin

Pendant des semaines, la campagne électorale a été radicale, agressive, massivement alimentée par les réseaux sociaux. On a pu y voir l’extrême droite tester sa créativité en attaquant en chanson la Cour suprême ou le Likoud donner des coups à son principal opposant, Benny Gantz, en questionnant, sur le montage vidéo d'une interview du leader centriste, sa santé mentale.

Pour Meir Masri, politologue et ancien porte-parole du parti travailliste, ce phénomène est symptomatique d'un déficit programmatique.

Les élus ont tous des pages Facebook aujourd’hui. C’est assez nouveau. On s’attaque beaucoup plus aux personnes parce que on est incapable de s’attaquer aux idées comme on le faisait auparavant. Parce qu’il y a moins d’idées.

Dans cette élection, le Premier ministre, menacé par les affaires, joue sa carrière politique. C’est un des éléments qui expliquent la « droitisation » de la campagne. Ashdod est un fief de son parti, le Likoud. Sur le marché de la cinquième ville d'Israël, les électeurs semblent vouloir faire corps avec lui, malgré les affaires, les excès et l’usure du pouvoir.

Un leader comme lui, il n’y a qu’un par génération. Il a l’expérience. Il est respecté dans le monde entier. Tout le monde est remplaçable, mais quand on a quelqu’un comme "Bibi", on ne le remplace pas.

« Et sur les affaires rien n’a été prouvé. De toute façon Netanyahou est un homme riche. Il n’a pas besoin de voler. »

Une société inégalitaire

Dans le sillon de la droite dure, cette campagne a délaissé les débats sur l’état de la société. Morgan vit ici depuis deux ans. Pour lui, la sécurité a tout emporté sur son passage.

Il y a énormément de pauvres en Israël. Les écarts de revenus sont impressionnants. Il y a des gens qui n’ont pas de dents. Ils y a des gens qui sont dans la rue. Malheureusement, encore une fois, la sécurité prend le pas sur la vie quotidienne.

D’après les derniers sondages, quatre listes d’extrême droite pourraient entrer au parlement. Elles sont pour l’instant les partenaires naturels du Likoud, le parti de Benyamin Netanyahou, qui pourrait aussi s’allier aux ultra-orthodoxes. Mais en polarisant encore un peu plus la campagne sur la fin avec l’annexion des colonies, le Premier ministre sortant a pris le risque de siphonner les petits partis autour de lui, lesquels pourraient manquer de voix pour accéder au Parlement. 

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  • Etienne MoninJournaliste, correspondant de Radio France à Jerusalem
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