Voilà un secteur qui s'en sort très bien aujourd'hui : l'industrie du plastique. Si les commandes dans l'automobile ont connu une chute, les fabricants d’emballages tournent à plein régime pour produire des sacs, des films, ou des blouses pour les soignants. Or le recyclage est en panne. Les ONG s'inquiètent.

Quand le plastique est chauffé, il forme une bulle géante. Ici, dans l'usine de La Française des plastiques.
Quand le plastique est chauffé, il forme une bulle géante. Ici, dans l'usine de La Française des plastiques. © Radio France / Célia Quilleret

Dans cette entreprise, "La Française des plastiques", située à Louvigné-de-Bais, près de Vitré, en Ille-et-Vilaine, les machines tournent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. La crise sanitaire ne les a pas ralenties. Au contraire. Emballages souples, sacs en plastique, films, tabliers pour l’agroalimentaire, ces produits très demandés par les industriels sont venus compenser la baisse des commandes dans l’automobile. Philippe Cha, le patron, est plutôt satisfait de ne pas avoir "mis tous ses œufs dans le même panier". Le plastique pour l’agroalimentaire, en hausse de 3 ou 4% dans son usine, sauve son année. 

500.000 sacs sortent chaque jour de cette usine

Production de films transparents.
Production de films transparents. © Radio France / Célia Quilleret

"Il fallait bien répondre à la demande des industriels qui voulaient protéger leurs produits", explique ce chef d’entreprise qui tient tout de suite à préciser que la crise du Covid n’est "pas non plus une aubaine" pour son usine. "Je ne connais aucun plasturgiste qui est ravi de cette crise, quand on pourra enlever nos masques, on sera bien contents", ajoute-t-il. Pendant ce temps, plusieurs centaines de milliers de sacs sortent chaque jour de ses extrudeuses.

100.000 blouses par jour au printemps

Au printemps, cette entreprise a également répondu présent pour aider les hôpitaux et les Ehpad et fournir des blouses pour les soignants, des tabliers en plastique transparent utilisés d’habitude pour les vendeurs des rayons charcuterie. "En pic, détaille-t-il, on a produit 100.000 tabliers par jour, contre 50.000 par an d’habitude !" Et pour répondre à toutes ces demandes, 1 million de pièces sortent chaque jour de cette usine, ce patron de 200 salariés a recruté six personnes depuis le printemps, sans compter les intérimaires.

"Pas de boom, ni de revanche du plastique" selon la profession  

Néanmoins, le délégué général de la Fédération de la plasturgie, Jean Martin, tient à nuancer le tableau. "Dans le bâtiment, on était à 15% de l’activité normale au printemps et dans l’automobile on est descendu à 20%", précise-t-il. La production de plastique n’est donc pas en hausse de manière globale. Sauf que l’augmentation constatée dans l’agro-alimentaire concerne avant tout le plastique jetable :  "c’est vrai que les produits qui ont vu leur volume augmenter sont à usage unique", concède-t-il, "mais c’est lié aux qualités du plastique", ajoute-il, "et en revanche, on voit maintenant la quantité de plastique durable remonter".  

Cette usine recycle une partie de son plastique et récupère ainsi de nouvelles billes réutilisables.
Cette usine recycle une partie de son plastique et récupère ainsi de nouvelles billes réutilisables. © Radio France / Célia Quilleret

Mais une panne du recyclage et donc toujours plus de plastique vierge en circulation

Mais un autre problème complexifie le tableau. Depuis ce printemps, le recyclage du plastique se porte mal en France. Non seulement le pétrole est au plus bas, ce qui rend le plastique vierge très concurrentiel, mais la collecte des bacs jaunes a connu un moment d’arrêt au printemps. Résultat, constate Christophe Viant, de la fédération des entreprises du recyclage Federec, "des entreprises ont été en grande difficulté, nous allons avoir 20% de plastique recyclé en moins à la fin de l’année". Cela veut dire tout simplement que les recycleurs auront moins de matière à recycler et certains industriels préfèrent acheter des billes de plastique vierges pour écouler les stocks mondiaux. 

Cette entreprise travaille pour 800 clients, très variés.
Cette entreprise travaille pour 800 clients, très variés. © Radio France / Célia Quilleret

Des déchets surtout enfouis ou incinérés

Cette avalanche de plastique jetable inquiète les ONG ou associations qui militent pour le zéro déchet comme Zero Waste France. Pour Moïra Tourneur, responsable du plaidoyer, "le plastique n’est pas un matériau plus sûr, il ne remplace pas les gestes barrières, et si on regarde les emballages, un quart ne sont pas recyclables, un autre quart n’a pas de filière pour être recyclés", regrette-t-elle. Il va donc falloir traiter cette masse de masques, de gants et de blouses, non recyclables. "Ces déchets vont être enfouis ou incinérés", conclue cette militante, qui en appelle à la responsabilité des consommateurs. Au niveau européen, la production de plastique globale devrait être en baisse en 2020, elle a en effet diminué entre le deuxième et le premier trimestre, selon la fédération de la plasturgie. Néanmoins, le jetable est revenu en force. La crise du Covid pourrait mettre à mal une partie des efforts déjà engagés pour réduire le plastique à ses usages les plus essentiels.

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