Une pétition circule pour appuyer le texte paru en décembre dans « Le Monde », sur le thème « Les musées français ne sont pas à vendre ». Depuis hier soir, elle est publiée sur le site internet de la « Tribune de l’art ». Après le prêt d'oeuvres au musée d'Atlanta aux Etats-Unis assorti d'un important mécenat, le projet d’un Louvre à Abou Dhabi aux Emirats arabes unis suscite donc la polémique dans le monde des musées et des historiens d’art. De quoi s’agit-il, le Louvre à Abou Dhabi, kesako ? Les Emirats arabes unis ont conçu pour Abou Dhabi un complexe de musées, galeries, de golf et hôtel. Le projet que la France s’apprête à signer d'ici quelques semaines comprend un bâtiment conçu par Jean Nouvel, le tout ne dépassant pas 10 000 mètres carré, selon la direction des musées de France. Il comprend aussi des prêts d'oeuvres des musées nationaux de quelques mois à deux ans et des conseils pour constituer une collection et… donc acheter des oeuvres. Il s 'agit bien d' une prestation de services, de savoir-faire et de prêts d'œuvres - le tout moyennant finances. On parle de 500 millions d'euros, chiffre à confirmer. C'est plus de deux fois le budget du Louvre. Et dès qu’on parle d’argent, rien ne va plus. En l'occurence les pétitionnaires reprochent à la France de se servir du Louvre pour aider au montage d’une opération purement touristique et par ailleurs de faire du Louvre un simple outil diplomatique. Outil diplomatique ? Oui et alors c'est ce que répond Vincent Pomarède, conservateur en chef du département des peintures au Louvre (interview). Normalement les musées pratiquent le prêt gratuit : « Tu me prêtes ton Velasquez, je te prêterai mon Poussin plus tard ». Et déjà Atlanta avait choqué certains puisqu'il y avait eu prêt en échange d'un mécénat. Et voilà le Louvre au garde à vous devant les injonctions diplomatiques françaises. C'est ce qui déplait fortement aux professionnels et notamment à Jean Clair, conservateur honoraire signataire d'une tribune dans « Le Monde » il y a 3 semaines. C'est qu'avec cette histoire de Louvre à Abou Dhabi, ou de Beaubourg à Shangaï, on emboite le pas à la fondation Gugenheim de New York - voici pourquoi selon Jean Clair (interview). Guggenheim est une fondation privée. Et pour Jean-Michel Tobelem, directeur de l'institut de recherche option culture, et auteur d'un livre, « Le nouvel âge des musées », l'exportation de la marque Louvre, de la marque d'un grand musée international, est tout à fait nouvelle. Jusqu'ici, seul l'Ermitage à Saint-Pétersbourg, l'un des trois plus beaux musées du monde, avait osé « se vendre ». Il prête ses oeuvres en échange d'argent (interview). Et en d'autres termes, si le Louvre avait eu lui même pour projet d'expansion de s'installer à Abou Dhabi ou ailleurs, cela eut respecté sa propre stratégie alors qu'ici, la France lui demande de se mettre au service d'un marché qu'elle conclut avec un autre état. Un dossier de Christine Siméone.

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