Après l'affaire de Champigny-sur-Marne où deux policiers ont été agressés, et le renvoi ce lundi de l'affaire d'Argenteuil, où il était là aussi question de violences à l’encontre des forces de l'ordre, la pression monte chez les syndicats policiers qui manifestent une nouvelle fois ce mardi.

Champigny, Argenteuil après Viry-Châtillon, il y a deux ans ou encore Stains, les syndicats de policiers sont furieux
Champigny, Argenteuil après Viry-Châtillon, il y a deux ans ou encore Stains, les syndicats de policiers sont furieux © AFP / Eric PIERMONT

Des embuscades de la Saint-Sylvestre à l'affaire de la vidéo de la policière rouée de coups à Champigny-sur-Marne, la sortie de Mathieu Kassovitz sur les "bâtards"...la température est remontée d'un cran dans les rangs de la police avec plusieurs manifestations, la semaine dernière. Et une nouvelle fois ce mardi, devant tous les commissariats à la mi-journée.

Les constats sont accablants, les polémiques sur ces "violences policières"  innombrables, mais ce qui a vraiment changé par rapport aux années 80, puis aux années 2000, c'est peut-être le regard portés sur les "Bleus", les policiers en tenue "comme si les gens partait du principe que l'on est l'ennemi à la base" explique un jeune gardien de la paix arrivé récemment à Marseille. 

Et cela peut aller jusqu'au caillassage d'un équipage de police secours qui venait de sauver trois enfants dans un incendie à Stains en Seine Saint- Denis la veille du réveillon de la Saint Sylvestre. Les policiers qui sont intervenus n'en reviennent toujours pas. Le délégué du syndicat Alliance qui a reçu lundi 8 janvier sa première lettre de félicitations d'un ministre de l'Intérieur raconte son "drôle" de week end du 30 et 31 décembre dernier. 

Cette soirée où il sort d'une résidence avec ses collègues, trois enfants dans les bras et la maman derrière, évacuée in extremis à cause d'un incendie d'origine criminelle. Les pompiers sont là aussi, il fait nuit et ils ne se rendent pas comptent des jets de bouteilles et de cailloux qu'ils découvrent un peu plus tard près de l'ambulance et de leur véhicule. Pas de blessé mais cela en dit long pour des gardiens de la paix qui n'ont "jamais vu ça". 

"Que les associations qui veulent nous enlever les grenades et les flashball  viennent m'expliquer comment on ferait sans ça..."

Le lendemain soir, retour au travail avec cette fois, au menu du réveillon, un guet-apens dans une cité sensible. La voiture de patrouille  est bloquée d'un seul coup devant et derrière. Autour, une cinquantaine de jeunes. 

"Nous avons dû lancer 4 grenades de désencerclement, j'ai dû moi-même tirer cinq fois avec mon flashball , heureusement que nous étions bien équipés" affirme le brigadier, ancien de la brigade anti-criminalité de la Courneuve qui en a vu d'autres. Depuis dix ans qu'il travaille dans le 93, il n'a jamais utilisé son revolver de service, mais il ne supporte plus les accusations d'usage illégitime et violent de la force, lancées régulièrement par les associations à chaque bavure présumée. "Que les associations viennent avec nous pour nous expliquer comment on fait dans ces situations, quand on se retrouve à trois contre 50 dans une cité , c'est impressionnant."

Des violences gratuites en dehors du temps de travail

L'avocat spécialiste de la légitime défense Laurent Franck Lienard a lui vu arriver ces derniers mois une nouvelle "clientèle", des policiers en civil agressés en dehors de leur temps de service. Des agents identifiés comme flics dans un restaurant, à la sortie d'une soirée familiale, des récits qui "glace le sang". Ils ont été soupçonnés pour une coupe de cheveux courts, leurs côtés sportifs, "j'en ai eu trois la même semaine". Après s'être retrouvé à terre, l'un des policiers a vu l'un de ses jeunes agresseurs lui "sauter à pied joint sur la tête", un autre de ses clients a dû sortir son arme qu'il avait sur lui et tirer pour se dégager.  

La plupart des policiers ou gendarmes tués ou blessés ont lieu malgré tout en mission. Les dernières statistiques de l'Observatoire nationale de la délinquance et des réponses pénales montre une augmentation constante des blessures par armes notamment (parpaings, barre de fer, mortier de feux d'artifice etc.). Ce sont d'abord des refus d'obtempérer, des contrôles routiers ou d'identité qui dégénèrent quotidiennement désormais et qui viennent s'ajouter aux affrontements réguliers avec "l'ultragauche" . Mais pour les quartiers sensibles par exemple, les policiers ont perdu toute légitimité, face aux bavures présumées médiatisées ou non (Aulnay-sous-Bois, Argenteuil),  face aux contrôles d'identité discriminants  selon le sociologue Sebastian Roché, auteur de la "Police en démocratie" chez Grasset.

Le directeur de recherche au CNRS affirme que vouloir régler le problème par plus de répression n'est vraiment pas la solution, cela concerne désormais plusieurs millions de personnes souvent très jeunes, un phénomène de défiance et parfois de haine "bien enkysté" depuis les premiers rodéos dans la banlieue  lyonnaise au début des années 80. 

Ce sera tout l'enjeu de la future "Police de Sécurité du Quotidien" dont on ne connaît pas encore précisément la nouvelle doctrine annoncée  par Emmanuel Macron et Gérard Collomb. Cela devrait pourtant  démarrer très bientôt, en principe  début février dans 15 villes test.  

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