Seulement 6% des habitants sont revenus à Naraha
Seulement 6% des habitants sont revenus à Naraha © Radio France / Nicolas Mathias

En mars 2011, les riverains ont été évacués dans un rayon de 20km autour de la centrale. Aujourd’hui, 100 000 personnes sont toujours déplacées. Les autorités encouragent les premiers retours vers l’une de ces communes désertées, mais beaucoup ne veulent pas rentrer chez eux.

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Le village de Naraha est comme endormi. Des rues entières de maisons vides derrière les rideaux en dentelle. L'ordre d’évacuation est levé depuis sept moi, mais Mme Sato et son mari sont pratiquement les seuls de leur quartier à être rentrés.

Le lendemain de la catastrophe nous avons été évacués, nous avons fait sept refuges différents. Je suis revenue parce que c’est l'endroit où je suis née. Quant à la radioactivité, nous avons des appareils pour la mesurer et nous subissons des examens médicaux. Comme il n’y a pas de problème nous sommes revenus.

La maison de Ayako Sato à Naraha
La maison de Ayako Sato à Naraha © Radio France / Nicolas Mathias

Cette grand-mère est revenue mais pas son fils trentenaire qui habitait ici : trop inquiet pour la santé de son propre enfant en bas âge, ce petit fils absent qu’on voit partout en photo dans la maison.

Nahara comptait près de 8 000 habitants avant la catastrophe. Seuls 450 sont rentrés. La moitié sont des personnes de plus de 65 ans, nous explique Takashi Watanabé, porte-parole de la mairie.

Juste à côté, des magasins et des restaurants ont rouvert. On a réinstallé ce qu’il faut pour vivre ici. L’école et le collèges rouvriront l’année prochaine. Moi, je n’y habite pas. La situation n’est pas claire, ça m’inquiète un peu.

Les autorités ont d’abord dit qu’une zone était habitable si le niveau de radioactivité est inférieur à 20 millisieverts par an. Un critère contesté par Greenpeace, en pleine campagne de mesures au large de Fukushima. Face aux inquiétudes de la population, les autorités ont promis un objectif drastique : un millisievert par an.

La grande inconnue pour les 100 000 déplacés

Ayako Sato et Emi  Aoki, mère et fille à Naraha
Ayako Sato et Emi Aoki, mère et fille à Naraha © Radio France / Nicolas Mathias

Pour l’instant, plus de 20 000 d’entre eux habitent à Iwaki, la première grande ville près de la centrale à une cinquantaine de km au sud. Ces familles qui ont tout perdu dans la catastrophe reçoivent une compensation, jusqu’à 1 million d’euros pour leur maison, et des indemnisations mensuelles versées par Tepco, l’opérateur de la centrale.

Mais tout cet argent suscite des jalousies à Iwaki, où tout le monde se sent victime de la catastrophe . À tel point que certains déplacés évitent de dire d’où ils viennent. C’est le cas d’Emy Aoki, une jeune femme originaire de Naraha et qui loue un appartement à Iwaki.

Les sinistrés reçoivent de l’argent, on est mal vu. Donc je cache le fait d’être une déplacée et je fais semblant d’être une habitante ordinaire d’Iwaki.

Peur aussi d’être stigmatisée… Emy raconte l’histoire d’une amie de son village Naraha. Son fiancé de Tokyo a annulé le mariage : ses parents ne voulaient pas qu’il épouse une fille de Fukushima.

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