Depuis plusieurs semaines, des protestations se sont élevées contre un article de la loi du 23 février 2005 qui imposerait aux manuels scolaires de reconnaître le rôle positif de la colonisation. Une interprétation contestée par les historiens et qui choque les enseignants. Cette loi du 23 février 2005, à l'origine de protestations aussi vigoureuses ne concerne pas directement l'école mais la reconnaissance de la Nation en faveur des rapatriés, des anciens départements français d'Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine. Cette loi compte 13 articles, dont un... le fameux article 4. Cet article stipule que les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la France outre mer. Dans une motion adoptée à l'unanimité le 22 mai dernier, l'association des professeurs d'histoire et de géographie, qui compte 9000 adhérents, dénonce la dérive du parlement. Interview d'Hubert Tison, secrétaire général de l'association des professeurs d'histoire et de géographie : "Rentrer dans la cuisine d'un programme c'est pas la mission du parlement, on rentre à ce moment là dans l'histoire officielle. L'histoire sainte, une histoire imposée d'en haut et l'on voit ce que cela a donné dans les dictatures. Moi je fais de l'histoire, je ne suis pas un témoin, je leur apprends (aux élèves) à réfléchir sur des faits. Il faut tourner la page de la colonisation, si on veut réconcilier les mémoires. Il faut faire de l'histoire, une histoire sereine, rigoureuse qui n'occulte rien, une histoire honnête, qui est passée au crible de la science, ça c'est sûr! Il faut construire des ponts pour l'avenir." La loi a été votée en février mais les décrets d'application n'ont pas encore été signés. Donc, en principe, on ne touche pas aux manuels scolaires. Pour tenter de calmer le jeu, le ministre de l'éducation nationale, Gilles de Robien, a multiplié les déclarations assurant que les programmes ne seront pas modifiés. Mais mieux vaut être prudent. 23 sénateurs ont déposé une proposition de Loi pour abroger ce fameux article 4. Rien encore du côté de l'Assemblée Nationale, mais à entendre la députée de Guyane Christiane Taubira, cela ne saurait tarder : Interview de Christian Taubira, députée de Guyane : "Ma première réaction c'est celle d'une élue attachée à l'état de droit, à un état démocratique. Il est pour moi inconcevable que dans une société démocratique, les pouvoirs publics indiquent aux enseignants comment interpréter l'Histoire et particulièrement une tranche du passé qui est difficile, complexe mais qui doit laisser toute liberté à la recherche. Ma deuxième réaction est celle d'une élue qui ne concoit pas que le parlement se déshonore de cette façon, donc nous allons veiller à faire abroger cet article 4 qui somme les professeurs d'enseigner le rôle positif de la France dans cette colonisation. Il semblerait même que le président de la République qui a pourtant promulgué la loi ait dit récemment que c'était une connerie et puis M.de Robien nous explique que une loi ne sera pas appliquée. Donc on est en pleine incohérence, on est en pleine irresponsabilité qui montre que l'on a encore un vrai travail de fond à faire dans notre société française. Moi, je milite pour la vérité !" C'est en classe de 3 ème et en terminale que les enseignants ont la difficile tâche d'enseigner l'histoire contemporaine. Dans un essai qui vient d'être publié sous le titre "Elèves sous influence", une enseignante en histoire, Barbara Lefebvre, et une journaliste, Eve Bonnivard, ont décortiqué les manuels scolaires. Les chapîtres traitant de la colonisation, puis de la décolonisation, ne sont ni amnésiques ,ni falsificateurs. C'est ailleurs que la France est glorifiée. Interview de Barbara Lefebvre, enseignante en histoire : "On ne retrouve pas un discours pro colonial dans les chapîtres sur la colonisation, mais dans les chapîtres sur la France en Afrique, la France dans le monde, dans son rôle sur la diversité culturelle contre l'hégémonisme américain, avec ce petit ton paternaliste qui effectivement devrait là par contre intéresser ceux qui se sentent concernés par les manuels scolaires, et cela passe par la Francophonie en Afrique. " Interview d'Hubert Tison, secrétaire général de l'association des professeurs d'histoire et de géographie : "On a intérêt à être vigilants. Il faut être armés scientifiquement pour répondre aux questions des élèves, leur donner des clés qui puissent leur permettre de se repérer dans la société. De même que sur la traite ou sur l'esclavage, on aurait beaucoup intérêt à s'intéresser à ce qui a été fait sur la traite et l'esclavage dans les programmes d'histoire enseignés à la Réunion, aux Antilles et en Guyane. Parce que là, on a beaucoup à apprendre." Un dossier de Marie-Christine Le Dû, journaliste-spécialiste des questions d'Education à France Inter. LIVREElèves sous influence , de Barbara Lefebvre et Eve Bonnivard - chez Doc en stock chez Louis Audibert - 15 euros. Les auteures ont passé en revue les livres d'histoire des classes de 3ème et de terminale qui traitent de l'histoire contemporaine. Site web : www.lamartiniere.frINFOSAssociation des professeurs d'histoire et de géographie : APHG 98 rue Montmartre Paris 75002 Tél : 01 42 33 62 37 Site web : http://www.aphg.asso.frProposition de loi tendant à abroger l'article 4 de la loi n° 2005-158 du 23 février 2005 présenté par 23 sénateurs en juin 2005http://www.senat.fr/leg/ppl04-427.htmlLoi du 23 février 2005http://www.admi.net/jo/20050224/DEFX0300218L.html

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.