porte de l'Europe Lampedusa
porte de l'Europe Lampedusa © Radio France

C’est de ce centre, le tout premier en Europe, que part le plan de relocalisation des demandeurs d’asile. Un plan adopté dans la douleur qui prévoit de répartir 160.000 personnes arrivées en Italie et en Grèce vers d’autres pays volontaires. Mathilde Imberty l’a visité pour France Inter.

Le jour de ma visite au hotspot de Lampedusa, plus de 500 migrants viennent d’être récupérés en mer au large de l’île. Ils sont transportés en autocar jusqu’au centre. Pris en charge par des médecins. Pathologies courantes : les brûlures dues aux fuites d’essence sur les embarcations et les maladies comme la gale. Sur place, des médiateurs culturels de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés les informent sur leurs droits, des informations sur leur situation et notamment sur la procédure d’admission à l’asile politique en Italie. Ils sont tous arrivés dans le même bateau mais ne connaitront pas le même sort. L’étape suivante est l’identification une étape fondamentale.

Matériel de haute technologie et effectifs supplémentaires

Elle se déroule dans un bâtiment sommaire, mais avec du matériel de haute technologie, les machines dites Eurodac qui envoient les informations à la base de données européennes. Les effectifs ont grossi avec l’entrée en fonctions du hotspot : vingt policiers italiens en plus, une dizaine de fonctionnaires de l’Agence de surveillance des Frontières Frontex et trois agents de l’EASO, le Bureau européen d’appui en matière d’asile.

Les personnels en contact physique avec les migrants portent un masque des gants une blouse. Première salle : la photographie. Deuxième salle, la prise des empreintes digitales. L’ambiance s'agite quand une femme syrienne refuse de se faire identifier. Cette femme et son mari Mohammad ont payé 3.000 euros leur traversée. Leurs ainés sont déjà aux Pays Bas. Ils veulent les rejoindre. Pendant notre conversation l’un des fils va appeler : "Ah, c’est la Hollande ! C’est mon fils ! Nous sommes à Lampedusa… Devons nous reprendre la mer ? Comment faire ? Nous sommes encore si loin… " Ce que l’on comprend, c’est que des Pays-Bas, son fils lui dit de ne pas se faire identifier pour ne pas rester bloqué en Italie.

Le hotspot a permis une amélioration des procédures dans la mesure où les Syriens et les Erythréens savent qu’ils peuvent être relocalisés ailleurs qu’en Italie en Europe

Les Syriens sont les plus réticents à se faire identifier. Pourtant avec les Erythréens et les Irakiens ce sont les seules nationalités qui bénéficient de ce plan de relocalisation européen. Trois pays qui ont une moyenne d’acceptation des demandeurs d’asile supérieure à 75%. Ces réticences se tasseront avec le temps, veut croire l’Ambassadrice de France en Italie, Catherine Colonna, présente avec nous à Lampedusa : « La procédure me semble maintenant bien rodée, avec les années d’expériences des Italiens. Le hotspot a permis une amélioration des procédures dans la mesure où les Syriens et les Erythréens savent qu’ils peuvent être relocalisés ailleurs qu’en Italie en Europe ».

700 migrants pour 500 places

Le hotspot est surchargé : 700 migrants pour 500 places. L’objectif est de le transférer rapidement vers d’autres centres en Italie plus adaptés. Les migrants restent moins longtemps sur l’ile, constatent les habitants comme Giovanni : "En ce moment, on ne les voit pas. De toute façon, dans la mesure où Lampedusa est une ile au milieu de la mer, on se doit de leur offrir l’hospitalité". Depuis la mise en place du hotspot de Lampedusa le 9 octobre, un peu plus de 100 migrants sont partis d’Italie pour la Suède ou la Finlande, trente de Grèce. C’est infime sur un objectif de 160 000 relocalisations en deux ans

L’Italie réclame un système européen d’expulsion des déboutés

L’immense majorité de ceux qui ne rentrent pas dans le dispositif européen, soit la plupart d’entre eux, auront deux possibilités : soit attendre la réponse à leur demande d’asile en Italie, soit poursuivre leur route plus au Nord. Si l’asile ne leur est pas accordé les demandeurs sont considérés comme des migrants économiques. Et donc expulsables. Le problème et c’est là que les Italiens sont très perplexes sur le dispositif c’est qu’un tiers des demandes d’expulsion sont effectivement réalisées. L’Italie réclame un système européen d’expulsion des déboutés. Tout en continuant de développer les hotspots. Cinq autres hotspots fonctionneront en Sicile d’ici la fin de l’année….

Le hotspot de Lampedusa
Le hotspot de Lampedusa © Mathilde Imberty / Mathilde Imberty
Le hotspot de Lampedusa
Le hotspot de Lampedusa © Mathilde Imberty / Mathilde Imberty
Le hotspot de Lampedusa
Le hotspot de Lampedusa © Mathilde Imberty / Mathilde Imberty
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