Jusqu'au 20 janvier prochain, Joe Biden et son équipe entament une période de transition, où le dialogue avec l'équipe sortante doit normalement permettre de passer le relais. Mais Donald Trump se refuse toujours à accepter sa défaite, et cette transition est (pour l’instant) impossible.

Comment va donc se passer la transition entre Trump qui refuse de se déclarer battu et Biden ?
Comment va donc se passer la transition entre Trump qui refuse de se déclarer battu et Biden ? © AFP / Saul LOEB

Au lendemain de sa victoire électorale, Joe Biden et son équipe sont entrés dans une période de transition qui va durer jusqu’au 20 janvier 2021, à midi, au moment où il deviendra officiellement le 46e Président des Etats-Unis. Normalement, ces deux mois et demi sont mis à profit afin que l’administration sortante prépare le terrain, et passe le relais aux équipes du Président élu. Mais Donald Trump refuse pour l'instant de reconnaître qu'il a perdu, se bornant à tweeter rageusement pour dénoncer une "fraude électorale". De fait, le travail de relais se trouve donc empêché, même si le président nouvellement élu a commencé à réunir son entourage pour travailler.

À l'arrivée de Trump, "tout paraissait très désorganisé"

C’était il y a quatre ans. Le 10 novembre 2016 à 10 heures du matin, Barack Obama reçoit dans le Bureau Ovale Donald Trump, élu deux jours plus tôt. La conversation entre les deux hommes dure 90 minutes,  et le Président sortant promet la totale coopération de ses équipes pour la période de transition qui s’ouvre : "Immédiatement, nous étions prêts à recevoir les membres de la future administration désignés par le Président élu", raconte Robert Malley qui fut le conseiller Proche-Orient de deux Présidents démocrates, Bill Clinton et Barack Obama (et qui a connu deux fois cette période de transition) : "Nous avions préparé des dossiers sur tous les sujets qui nous concernaient au sein du Conseil national de sécurité : la Syrie, le Liban, l’Irak, la question palestinienne. Avec tous les détails, des informations qui étaient publiques mais aussi certaines confidentielles, sur ce que nous avions accompli ou décidé".L’ex-conseiller d’Obama se souvient de ces premières réunions : "Évidemment, leurs questions reflétaient leur scepticisme vis-à-vis de la politique étrangère de l’administration Obama, surtout concernant le dossier iranien. Ce qui était surprenant, c’est que chaque semaine, c’était une nouvelle équipe qui arrivait. Tout paraissait très désorganisé chez Trump. Souvent, nous devions repartir de zéro. Les équipes Obama et Trump n’étaient pas du même bord politique. Mais les discussions restaient assez amicales".

Le modèle Truman-Eisenhower

Cette période de transition n’est pas inscrite dans la Constitution américaine, mais relève de la  tradition. Elle date de 1952 quand Truman a remis les rênes du pouvoir à Eisenhower : "Harry Truman avait invité le président élu Eisenhower à la Maison Blanche", raconte sur PBS la journaliste Nancy Gibbs, spécialiste de l’Histoire des Présidents américains. "_Et pourtant, ces deux hommes se détestaient cordialement. Ils étaient très opposés. Mais Truman a eu le sentiment qu’à l’âge du nucléaire, c’était trop dangereux que quelqu’un accède au Bureau ovale sans être bien préparé."_De son côté, le Président élu Biden a déjà réuni son équipe de transition. Elle dispose d’un budget compris entre 7 et 9 millions de dollars, et est composée d’environ 350 personnes qui donc attendent de pouvoir, avant le 20 janvier, aller à la Maison-Blanche travailler avec l’administration sortante. Mais (à l’heure où nous écrivons ces lignes), Donald Trump n’a toujours pas concédé sa défaite : "Vont-ils refuser de transmettre les dossiers ? Si tel était le cas, cela signifierait que le 20 janvier prochain, l’équipe Biden arriverait au pouvoir sans avoir été informée de ce qui s’est passé dans le domaine des informations confidentielles, des opérations secrètes, des engagement qui ont pu être pris sans être rendus publics. Cela peut compliquer les choses de manière très significative".

Téléphones coupés et claviers modifiés pour l'arrivée de Georges W. Bush

Pourtant, le plus souvent, les périodes de transition se passent sans heurt. Une exception notable : à l’automne 2000, les équipes de George W. Bush arrivent à la Maison-Blanche et découvrent dans les placards  ou sur les bureaux, des mots peu sympathiques. Des fils de téléphones ont été coupés. Sur certains claviers d’ordinateurs, la lettre W a  été retirée. Blague de potache au cœur du pouvoir américain. Après douze mois d’enquête, les services administratifs avaient à l’époque confirmé ces dégradations. Les dégâts avaient été estimés à 15.000 dollars.
 

L'équipe
  • Grégory PhilippsGrand reporter, envoyé spécial permanent de Radio France à Washington
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