Deux semaines après la mort de Chunlan Liu, une chinoise sans papier, qui a sauté par la fenêtre par peur des policiers, 600 personnes ont défilé samedi à Paris. Parmi eux, fait plutôt rare, il y avait de nombreux chinois. Souvent intégrés, toujours discrets, ils vivent dans la peur d'être expulsés. Sur sa photo de mariage, Lilly pose en robe blanche devant la Tour Eiffel - ça fait 9 ans qu'elle est en France. Son mari est cuisinier dans un restaurant de Neuilly. Depuis juillet, Lilly ne travaille plus. Pour éviter d'être embarquée par la police, cette chinoise de 37 ans ne quitte plus son studio dans le 13ème. Elle ne veut pas retourner en Chine. C'est en France qu'elle s'est mariée, c'est en France qu'elle va accoucher. Elle est enceinte de 7 mois, et comme beaucoup de chinois à Paris, elle vit la peur au ventre (interview). A Belleville, dans le 3ème ou le 13ème arrondissement, ils travaillent dans des supermarchés, des ateliers de confection, ou des restaurants asiatiques. La plupart paient des impôts. C'est le cas de Ren, rencontré à l'école où son fils de 3 ans est scolarisé. Il habite Belleville et refuse de donner son adresse : il y a un mois, sa femme a été arrêtée dans un atelier de confection. Elle vient tout juste d'être libérée. Depuis, le couple attend un réexamen de son dossier en préfecture (interview). La majorité de ces chinsois sont des Wenzou, région au sud de Shangaï. Mais ces dernières années à Belleville, on en a vu arriver du nord de la Chine des Dong Bei - comme Chulan Liu, cette chinoise de 51 ans, morte après avoir sauté par la fenêtre - licenciés lorsque le gouvernement chinois a fermé les grands conglomérats. Pour venir clandestinement, ils payent entre 10 et 15 000 euros par personne. La famille se cotise, après il faut rembourser. Les routes vers l'Europe changent régulièrement. Donatien Schramm, un habitant de Belleville, connait bien cette communauté. Sa femme est chinoise et il parle chinois (interview). Comment faire la part des choses entre les clandestins et les immigrés en situation régulière ? C'est tout le problème. En France, où l'on compte un million de personnes d'origines chinoises, la plupart ont des papiers et travaillent légalement. En 1997, la circulaire Chevènement a permis de régulariser 80% de ceux qui en avaient fait la demande. Ils seraient malgré tout aujourd'hui 80 000 sans papiers. Avec le boom de l'économie chinoise, la migration change de visage note, Pierre Picquart, docteur en géopolitique expert de la Chine (interview). La France qui abrite la première communauté chinoise en Europe est un lieu de passage essentiel. D'où la nécessité d'envisager le problème à l'échelle européenne. Un dossier de Delphine Simon.

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.