Des migrants attendent au poste frontière de Nichelsdorf entre la Hongrie et l'Autriche
Des migrants attendent au poste frontière de Nichelsdorf entre la Hongrie et l'Autriche © Radio France / Philippe Randé

Achmed, jeune syrien, bloqué à Budapest, voulait organiser une marche vers l’Autriche. La marche a effectivement eu lieu vendredi dernier et a été le déclencheur pour l’ouverture des frontières autrichiennes et allemandes. Philippe Randé l’a rencontré, cinq jours plus tard.

Cinq jours après, Achmed a réalisé son rêve : aller en Allemagne. Lorsque nous avons contacté l’organisateur de la marche, Armed nous répond ces quelques mots : "Je suis en Allemagne, mais je ne sais pas où ". Finalement, le jeune syrien s’est débrouillé pour nous envoyer ses coordonnées GPS. Direction une petite rue au bord d’une rivière dans le village de Krumbach, dans la campagne bavaroise. "Je suis très content d’être en Allemagne, raconte-t-il. C’était certainement une idée folle, mais nous y sommes arrivés... Nous avons pris un train vers Vienne, puis Munich. Cette marche a changé notre histoire : c’est très grand, je suis fier de moi. "

Ecoutez le reportage de Philippe Randé :

Après quelques secondes d’hésitation, Achmed sort son téléphone pour nous montrer la vidéo du moment où vendredi dernier, ils exhortent les migrants à prendre la route. "J’ai perdu ce mégaphone en Autriche… Je ne suis pas un héros : tout le monde a besoin d’un bon futur : nous sommes tous des héros… J’ai juste aidé les gens, juste ça. ", explique-t-il.

Les enfants jouent autour de nous : c’est cela l’avenir ! Voir des enfants jouer et aller à l’école

Comme la grande majorité des 26 000 migrants qui sont arrivés en Allemagne depuis samedi dernier, Achmed est dans un centre de premier accueil. Après avoir été enregistré à Munich, il a été transféré à 130 kilomètres, dans l’ouest de la Bavière, dans le village de Krumbach, qui a transformé son gymnase en dortoir, avec 300 lits superposés. Un véritable havre de paix pour Achmed : "Ici c’est très bien, tout le monde dort à 23h, on déjeune à 8h le matin, puis il y a le dîner. Et surtout il y a de l’eau chaude : on peut se doucher quand on veut. Les enfants jouent autour de nous : c’est cela l’avenir ! Voir des enfants jouer et aller à l’école ."

Un centre d'accueil à Munich
Un centre d'accueil à Munich © Radio France / Laurent MACCHIETTI

Vous savez, ce qui se passe en Syrie tue les humains de l’intérieur. Ici, en arrivant, je me suis sentie à nouveau humaine

Autour de son bras droit, un bracelet. C’est le numéro de son lit. Un autre indique son passage à la visite médicale. "Vous voulez voir mon lit ? Regardez, c’est celui là. Il est génial. C’est super pour se reposer. En dessous de moi, c’est un ami, mais il dort : on a tellement marché pendant des semaines, c’était très dur. Certains ici dorment depuis 24h… "

Un centre d'accueil à Munich
Un centre d'accueil à Munich © Radio France / Laurent MACCHIETTI

Un peu plus loin. Mariam elle n’a pas sommeil. Elle observe des enfants jouer avec une voiture télécommandée. "Les bois, les rivières…Tout ici est tellement beau. Vous savez, ce qui se passe en Syrie tue les humains de l’intérieur. Ici, en arrivant, je me suis sentie à nouveau humaine. J’ai pleuré car mon rêve s’est réalisé. J’ai 19 ans, je ne sais pas de quoi mon futur sera fait mais c’est un super départ. Ici tout est organisé : nous sommes des milliers à arriver mais ça n’est pas le bazar, il n’y a pas de problème. Nous sommes très reconnaissant envers l’Allemagne ."

Huit-cent mille demandes d’asile attendues en Allemagne cette année

A côté de Mariam, Kristof un des bénévoles du centre a les larmes aux yeux en écoutant la jeune Syrienne : "C’est un challenge... Le dortoir n’est pas prévu pour 300 personnes mais on s’est arrangé. On est juste heureux de pouvoir aider, de leur donner à chacun un lit et de la nourriture. Quant aux migrants, ils peuvent aller dehors, se promener en ville. Ils sont libres ! "

Les migrants devraient partir après-demain car le gymnase est évidemment une solution temporaire. La demande d’asile prendra probablement du temps : malgré les six milliards d’euros débloqués par l’Allemagne, la bureaucratie risque d’être dépassée par les 800 000 demandes attendues cette année. Achmed, lui, aimerait rejoindre une grande ville comme Munich. Pas sûr qu’il puisse réaliser ce rêve là : dans les prochains jours, il pourrait être réacheminé en bus vers des centres dans d'autres régions, conséquence du système allemand des quotas.

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