Après la vive polémique suscitée par la caricature de la députée insoumise, Danièle Obono, en esclave dans l'hebdomadaire Valeurs Actuelles, nous avons voulu nous pencher sur cette droite de la droite, en pleine bataille culturelle, en pleine offensive médiatique. Voici ses forces, ses faiblesses, ses objectifs.

Quelques unes de Valeurs actuelles
Quelques unes de Valeurs actuelles © Valeurs actuelles

"On va continuer à faire notre métier, il est absolument hors de question de se planquer, de se cacher sous un tapis parce qu'on a pris des coups, au contraire, il faut repartir au combat, c'est un combat d'idées, je ne me détournerai jamais de cet objectif, sinon je ne sers plus à rien" : dix jours après la polémique, dans son bureau de directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles, Geoffroy Lejeune débriefe la "séquence Obono" autour d'un café. 

Il prépare le prochain numéro qui sera justement consacré aux indigénistes et racialistes: 

"On est complètement passé à côté de notre coup, on voulait démontrer la dangerosité des idées de Danièle Obono, et finalement, on en a fait une sainte républicaine, une icône, c'est catastrophique."

L'hebdomadaire compte donc "se rattraper" dans le numéro de cette semaine, en kiosque demain. Quant à la plainte pour "injure à caractère raciste", Geoffroy Lejeune est convaincu d'être dans les clous, car "il n'y avait chez nous aucune intention raciste"

De Zemmour à Europe 1 "les idées nationales" pénètrent les médias

En 2010, il n'y avait que lui : Eric Zemmour portait les thèses conservatrices à la télé, notamment dans l'émission "On n'est pas couché" sur France 2. En 2020, il a été rejoint par une nouvelle génération BCBG, très à l'aise en plateau, accueillie à bras ouvert sur CNews. Et dans la presse, Michel Onfray a sorti sa revue "Front Populaire", les amis de Marion Maréchal Le Pen ont lancé le mensuel "l'Incorrect", Elisabeth Levy poursuit l'aventure Causeur. Devenue députée, Emmanuelle Ménard a quitté la rédaction en chef du site Boulevard Voltaire, mais il reste très actif. Et cette semaine, Europe 1 envisage de nommer à la tête de son service politique, Louis de Raguenel, rédacteur en chef à Valeurs Actuelles, ancien collaborateur de Claude Guéant. 

Cette évolution du paysage médiatique est évidemment vu d'un très bon œil au Rassemblement National. "CNews a décidé d'investir les idées nationales", admet Jordan Bardella, vice-président du parti, "il y a désormais sur cette chaîne une pluralité d'opinions plus importante". "On voit enfin des chroniqueurs clairement sur des idées de droite", se réjouit l'ex-ministre Thierry Mariani, député européen du RN, "et des médias qui osent prendre des positions plus courageuses, plus audacieuses sur la droite, et heureusement, c'est la démocratie"

Face à cette droite hors les murs de plus en plus décomplexée, la macronie s’inquiète et se divise sur la stratégie à adopter. Emmanuel Macron n’a-t-il pas crédibilisé Valeurs Actuelles en leur accordant un entretien l’an dernier ? 

Le député La République En Marche, Sacha Houlié, regrette ce choix  : "Ça me gêne, je l'avais dit au président de la République, ça me gêne profondément parce que ce qui est véhiculé par ces médias, dans les orientations prises, les questions posées, les réponses qui sont attendues, est grave et inquiétant. Mais délaisser le combat, le fuir, c'est peut-être aussi compliqué. J'ai pas la réponse absolue", admet le co-fondateur des Jeunes avec Macron : "Je n'aime pas parler à ce type de médias, mais il faut quand même s'adresser aux Français qui les écoutent". 

Sont-ils nombreux ces Français qui veulent se "reinformer" ? 

En moyenne, chaque soir Eric Zemmour rassemble 400 à 500 mille personnes sur CNews, cela reste dix fois moins qu'un JT de 20h. L'hebdomadaire Valeurs Actuelles est, lui, en perte de vitesse de puis 2017 et tire à moins de 100.000 exemplaires. C'est 5 fois moins que Télérama, 3 fois moins que M, le magazine du Monde. "C'est un noyau dur qui évite tous les médias généralistes et a l'impression de se réinformer ainsi. On est encore loin d'un phénomène massif" analyse un professionnel du secteur.

Le directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles relativise aussi son influence. "Aujourd'hui, quand on dit qu'Alexandre Devecchio, Charlotte d'Ornellas, Eugenie Bastié, ou moi, on incarne la main mise de la droite dans les médias, c'est pas la réalité, c'est vrai qu'on est plus nombreux qu'avant, mais on est toujours face à des contradicteurs qui sont très talentueux et parfois on perd des débats face à eux, c'est simplement un match dans lequel il faut deux équipes". Il vient d'ailleurs d'être exclu du terrain LCI après l'affaire Obono, mais C8 a confirmé sa présence comme chroniqueur dans l'émission de Cyril Hanouna. 

Aujourd’hui, cette droite ne cesse de citer un penseur italien marxiste : Antonio Gramsci, qui considère que "l’hégémonie culturelle précède la victoire politique". À la tête du parti chrétien-démocrate, Jean-Frédéric Poisson, croit en cette victoire culturelle. D'autant plus que "la gauche s'est perdu intellectuellement et idéologiquement, j'en veux pour preuve la récente annonce de l'historien, Pierre Nora, grand figure de la gauche intellectuelle française s'il en est depuis la deuxième guerre mondiale, qui a annoncé la fin de la parution de la revue Le Débat, faute de lecteurs, faute de contributeurs, faute de ligne idéologique clairement identifiée. Je ne sais pas si nous avons gagné le combat intellectuel, il m'arrive de penser que oui, les utopies, l'irréalisme des utopies, fait du mal aux sociétés". Jean-Frédéric Poisson tentera d’être l’incarnation politique de ce combat culturel lors de la prochaine présidentielle : il a déjà annoncé sa candidature. Puisque cette droite conservatrice et identitaire rejette Marine Le Pen et attend, en vain, Marion Maréchal.

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