Quand le cœur fonctionne mal, c'est l'insuffisance cardiaque. Elle touche 1 à 2% de la population et tue 22.000 personnes chaque année en France. Quelles sont les solutions ?

Le coeur Carmat a déjà été implanté sur quatre patients, tous décédés
Le coeur Carmat a déjà été implanté sur quatre patients, tous décédés © Maxppp / Carmat

L’insuffisance, c'est quand le cœur n'est plus capable d'assurer sa fonction de pompe pour faire circuler le sang dans l'organisme. Dans les cas extrêmes, il y a la greffe, le cœur artificiel aussi et depuis peu, la thérapie cellulaire.

On a beaucoup parlé cette année encore du cœur artificiel Carmat. Cette fameuse bio-prothèse made in France a été implantée pour la première fois fin 2013. A ce jour, quatre patients en ont bénéficié, mais les quatre sont morts pour des raisons diverses. Aujourd'hui donc, personne ne vit encore durablement avec ce cœur. Ça va venir. Une deuxième phase d'essais doit être lancée très prochainement, mais ça reste encore expérimental.

Pour le professeur Pascal Leprince, chef du service de chirurgie cardiaque à la Pitié Salpêtrière, Carmat est quand même bien parti pour réussir :"Sur les quatre, il y a eu deux patients décédés de problèmes machine, la société Carmat a analysé, fait des audits externes pour comprendre et a corrigé le problème. Le troisième patient est décédé parce que, malheureusement, son cas était trop grave et son état s’est altéré. Le patient de la Pitié était un décès de causes médicales, en post-opératoire. Ce sont des opérations lourdes avec des réanimations lourdes et chaque geste peut être associé à une complication. La suite, c’est continuer. Nous, on pense que, petit à petit, les machines pourront faire mieux que la transplantation biologique."

En fait, si Carmat n'en est encore aujourd'hui qu'au stade des essais cliniques, d'autres cœurs artificiels existent. A la Pitié Salpêtrière, par exemple, on équipe couramment les patients qui ont besoin très vite d'un cœur tout neuf du Sincardia, mais ça reste provisoire.

Le professeur Pascal Leprince : "Les premières implantations c’était 1982, ça fait très longtemps qu’on utilise cette machine qui donne des bons résultats mais qui, en matière de qualité de vie, n’est pas optimale, surtout elle fait du bruit car le cœur est connecté à un compresseur qu’on porte à l’épaule et qui pèse trois à quatre kilos. Nous l’utilisons du coup uniquement en attente de transplantation, donc globalement dix à douze mois".

Mais pour le professeur Leprince, le mieux, pour les patients atteints d'insuffisance cardiaque totale, reste la greffe d'organe. Problème : il faut trouver des greffons et on en manque. A la Pitié Salpêtrière, une trentaine de patients sont en attente de transplantation. Le délai d'attente est en moyenne de six mois.

Combien de temps peut-on vivre avec le cœur d'un autre ?

La moyenne d'espérance de vie est de 11 ans mais elle cache de grandes disparités, parce que certains transplantés ont un très mauvais état général quand ils sont greffés. D'autres, au contraire, peuvent vivre très longtemps et même être transplantés plusieurs fois au cours de leur vie. Leur problème à eux, c'est le traitement associé à la greffe, les anti-rejet notamment. Beaucoup de médicaments à prendre tous les jours.
Claire Macabiau vit avec le cœur d'un donneur depuis 18 ans : "Je prends 12 médicaments par jour, matin et soir, je ne suis pas la greffée qui en prends les plus, mais j’ai eu un problème de petit cancer de la peau sur le nez, je crois que c’est dû aux médicaments anti-rejets".

De fait les greffés auraient bel et bien plus de risques de développer un mélanome. Les médicaments anti-rejets décupleraient en effet l'action néfaste effet néfaste des UV sur nos cellules.

La greffe n'est plus forcément la seule solution.

A la Pitié, par exemple, on fait 100 greffes par an contre une dizaine de cœurs artificiels. Mais dans le même temps, d'autres solutions arrivent et notamment ce qu'on appelle la thérapie cellulaire : une technique développée par le professeur Philippe Menasché à l'hôpital Georges Pompidou. Elle s'adresse à des malades qui ne sont pas encore candidats à la greffe mais qui pourraient le devenir à terme. Un infarctus a lésé une partie de leur cœur, la thérapie cellulaire consiste à utiliser des cellules souches embryonnaire à en faire des cellules cardiaques et les à appliquer via un patch sur la zone lésée du cœur pour le guérir.
Le professeur Philippe Menasché : "On met un patch sur la zone de l’infarctus, une sorte de rustine, au contact même de la partie qui n’est plus fonctionnelle. Le patch va se dégrader en une dizaine de jours et libérer les cellules qui sont à l’intérieur de ce patch. Le mécanisme d’action de ces cellules est de libérer de très nombreuses substances qui vont activer la partie lésée du cœur, une zone qui n’a quasiment plus de fonction du fait des séquelles de l’infarctus".

Pour l'instant, cinq patients ont bénéficié de cette technique. On a encore peu de recul mais c'est encourageant. Un sixième patient devrait bientôt les rejoindre.

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