Le Parlement entame aujourd’hui l'examen du projet de loi « Hôpital, Patients, Santé, Territoires », qui vise à réformer le système de santé mais aussi à prendre en compte des problèmes de santé publique comme la consommation d’alcool chez les mineurs… On a vu, ces derniers mois, plusieurs cas de comas éthyliques au lycée ou même au collège. Le constat est édifiant : entre 2004 et 2007, les hospitalisations pour alcoolisation chez les 15-24, mais aussi chez les moins de 15 ans ont augmenté de 50%. Roselyne Bachelot, la ministre de la santé, veut donc réduire les dégats. La loi qu’elle propose est-elle la meilleure des solutions ? Pierre a 24 ans. Il est suivi à l’espace "addictologies" de l’hôpital Paul Brousse à Villejuif, près de Paris. Un lieu dénommé « L’albatros » qui fait forcément penser au poème de Baudelaire. Pierre, grand, malingre, a voulu venir ici avant, dit-il, qu'il ne se mette à avoir la tremblote (interview). Tous ceux qui boivent ne sont pas forcément alcooliques mais l’alcoolisme peut naître de ces premières habitudes, ce « Binjdrinking », qui consiste à boire très vite pour une ivresse immédiate. Et c’est ce que veut combattre la ministre de la Santé, en interdisant donc la vente d’alcool à tous les adolescents, pas seulement aux moins de 16 ans. Interdire aussi les soirées open-bars (ces soirées dans lesquelles, contre un droit d’entrée, la consommation est illimitée). Mais plus surpenant - et on y voit là une sorte de contre-partie offerte aux marques d’alcool - la loi leur permettra de s'afficher plus facilement sur Internet, ce qui inquiète le professeur Michel Reynaud, spécialiste des addictologies à l’hôpital Paul Brousse (interview). Malgré la loi, on imagine tout à fait les ados demander à un grand frère de se fournir pour eux. Et les bars ont déjà trouvé l’astuce en proposant des "semi-opens bars", c'est-à-dire à la consommation limitée, mais limitée à des quantités déjà bien trop importantes selon le professeur Raynaud. Le problème en fait, c'est de trouver des solutions à un phénomène qui n'est pas une mode mais plutôt une conséquence de l'évolution de la société, d'un monde qui change. C’est ce que pense le psychiatre Patrice Huerre, auteur du livre « Alcool et adolescence : jeunes en quête d’ivresse » (interview). Une solution donc, lire Baudelaire à son petit bébé plutôt que de l’éveiller avec des jeux vidéos et ne pas avoir peur de le laisser s’ennuyer. Un reportage de Thibault Cavaillès.____LIVRE : « Alcool et adolescence : jeunes en quête d'ivresse », de Patrice Huerre et François Marty (Ed. Albin Michel.)

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Page spéciale sur les jeunes et l’alcool

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