C'est un territoire grand comme plus de deux fois la Corse et très isolé, au cœur de l’Amazonie française. Maripasoula, en Guyane, est accessible uniquement en avion ou en pirogue, ce qui rend compliqué le commerce et l'accès aux services publics.

A Maripasoula, en Guyane, commune la plus étendue de France, vue depuis la rive du Surinam
A Maripasoula, en Guyane, commune la plus étendue de France, vue depuis la rive du Surinam © Radio France / Rémi Brancato

Avec des produits de consommation très onéreux en raison du transport (2,5 à 3 euros pour une bouteille d’eau), le commerce s’est développé sur la rive gauche du fleuve, côté surinamais. "J’ai acheté de la bière, du riz, des aliments de base et comme je n’ai pas de travail, je revends pour avoir des sous de côté" raconte cette habitante qui remplit le coffre d’un taxi clandestin, au sortir d'une pirogue qui l'a fait traverser .

Des pirogues effectuent la traversée pour se rendre dans les commerces situés en face, au Surinam
Des pirogues effectuent la traversée pour se rendre dans les commerces situés en face, au Surinam © Radio France / Rémi Brancato

600 euros de connexion Internet mensuelle pour le pharmacien 

A la pharmacie de Christophe Martinez, le tube de dentifrice coûte jusqu’à 7 euros. "Je dois payer un extra pour faire venir par avion ou pirogue" raconte le pharmacien. Pour transmettre efficacement les informations à la Sécurité sociale, il a fallu s’équiper d’une connexion satellite, pour 600 euros par mois, car les coupures sont courantes sur le réseau, parfois pendant plusieurs jours ou semaines. "Je délivre des médicaments ici, mais je fais un autre métier", estime le pharmacien : "Je vois certains habitants qui viennent de loin? comme les Amérindiens Wayanas qui font deux heures de pirogue pour venir me voir".

Maripasoula est dotée d’une gendarmerie, d’une caserne de pompiers et d’une poste, qui offre le seul distributeur de billets du bourg. Pour les services publics, le défi est de fidéliser les agents. "On a un grand turn-over de professeurs", raconte ainsi Florian Fumas, enseignant en français au collège de la commune, et qui y vit depuis bientôt 7 ans. "Cela pose des problèmes pour travailler avec un public particulier : la grande majorité des élèves ne sont pas francophones, ils apprennent le français à l’école et ne s’en servent qu’à l’école" ajoute-t-il. 

Un sentiment d'abandon pour les enseignants

Pour son collègue d’histoire géographie, Dany Mizrahi, membre du syndicat Sud Education, le problème est surtout d’ordre matériel. Il cite ainsi en exemple l’internat, qui loge une centaine de collégiens, essentiellement amérindiens, dont les villages sont trop éloignés du bourg. "Les portes des toilettes sont défoncées, les ampoules ne sont pas changées et certains pommeaux de douche manquent : des élèves se lavent au jet d’eau dehors" décrit l’enseignant, qui traduit un sentiment d’abandon par les autorités, récurent à Maripasoula : "Je pense déjà que la Guyane est laissée de côté par la métropole, mais même en Guyane, les communes de l’intérieur sont complètement oubliées par rapport à Cayenne !" 

Cet isolement, c'est le quotidien des populations amérindiennes, dont les villages forestiers sont éloignés du bourg, notamment au Sud de Maripasoula en terre Wayana, confrontés aux dégâts environnementaux et sociaux de l’orpaillage illégal en Amazonie. Dans le bourg, près du dégrad, on rencontre ainsi Amaï Poti, le Gran Man, chef coutumier suprême des Wayana, qui a quitté son village de Twenké, situé plus au Sud en remontant le Maroni, à près deux heures de pirogue, pour un problème de permis de chasse. L’antenne administrative du village voisin de Taluen prenait trop de temps, raconte-t-il en langue Wayana. A Maripasoula, les démarches étaient plus aisées. Que pourrait-il demander au futur maire que la commune doit élire en mars prochain ? "Une pirogue à moteur"car il utilise des embarcations personnelles, pour ses déplacements dans les villages, répond-il.

A Maripasoula, en Guyane, le centre de santé
A Maripasoula, en Guyane, le centre de santé © Radio France / Rémi Brancato

Régler des questions administratives ou un problème de santé nécessite un déplacement pour les habitants de cette commune, plus vaste que la région Île-de-France, qui couvre près d’un quart du territoire guyanais. Pour la santé, des petits centres ont été installés dans les villages, mais c’est au bourg que se concentrent la plupart des moyens : le centre de santé intégré, de la CTG, la communauté territoriale de Guyane et le centre délocalisé de prévention et de soins (CDPS), qui dépend du centre hospitalier André Rosemon de Cayenne. Depuis peu, un service privé d’hospitalisation à domicile a été créé.

Un fret par pirogue pour le matériel médical

C’est surtout au CDSD qu’affluent les patients, "de toutes nationalités, et avec un suivi souvent irrégulier", précise Edouard Le Goff, le cadre de santé. "On est la seule structure de santé car côté surinamais, il n’y en a pas, on est en situation de monopole", en l'absence de médecin libéral

Ici, le matériel médical arrive une fois par mois par fret, en pirogue, ou par avion pour les médicaments sensibles. "Là il y a des colis pour un médecin qui va partir un mois à Taluen (village amérindien à 2 heures de pirogue, au sud de Maripasoula) avec de quoi se sustenter" nous montre Edouard Le Goff. "La logistique est super importante : on ne peut pas se servir dans les stocks et découvrir qu’il n’y en a plus, il faut prévoir" ajoute-t-il.

Fidéliser les soignants face au turn-over

Dans ces conditions, le cadre fait face à un turn-over important, un infirmier reste en moyenne  entre six mois et un an. Pour fidéliser, la durée minimale des contrats est passée à six mois pour les infirmiers, car "il faut former aux spécificités locales et il faut éviter qu’on soit en éternelle re-formation". "On a la chance d’avoir des infirmiers qui restent et qui veulent revenir mais ce n’est pas du soin comme partout ailleurs" reconnaît Edouard Le Goff.

Parmi les difficultés à gérer quotidiennement : les situations administratives. "Il y a beaucoup de personnes en situation irrégulière, y compris du Surinam, car c’est un bassin de vie, il n’y a pas vraiment de frontière" détaille Mélaine Bocé, la médiatrice du centre, dans son bureau aménagé grâce à l’association AIDES, qui intervient aussi au dispensaire. Chinois, Haïtiens, Dominicains ou Français, la jeune femme, qui parle aluku, sa langue maternelle, mais aussi créole, portugais et un peu anglais, s’adapte à tous ses interlocuteurs, "sinon on ne se comprendrait pas".

Au centre de santé de Maripasoula, la médiatrice reçoit une patiente
Au centre de santé de Maripasoula, la médiatrice reçoit une patiente © Radio France / Rémi Brancato

Avec son aide, les patients tentent de faire valoir leurs droits, de régulariser leurs situations administratives ou de faire comprendre leurs besoins aux soignants. "Les gens viennent avec leur savoir populaire : si un patient a pris des plantes médicinales, il faut échanger avec lui pour qu’il n’y ait pas de surdose avec un médicament" explique par exemple Mélaine Bocé.

Devant elle, Monica, originaire du Guyana, pays situé au Nord du Surinam voisin, vit à Maripasoula depuis plus de 25 ans et aimerait régulariser sa situation. "J’ai demandé une carte de séjour" raconte-t-elle, dans un mélange d’aluku et d’anglais. Pour prouver le temps passé en France, la médiatrice lui fournit un document qui recense ses passages au dispensaire depuis les années 90.

Près de la mairie de Maripasoula
Près de la mairie de Maripasoula © Radio France / Rémi Brancato

Un service mobile de la sous-préfecture

Les habitants regrettent de ne pouvoir effectuer les demandes de titres de séjour à Maripasoula. "C’est très coûteux d’aller à la sous-préfecture, à Saint Laurent du Maroni, c’est très loin d’ici !" se plainte France, à la sortie de la maison des services publics. Ce vendredi, deux agents de la sous-préfecture sont présents pour enregistrer les demandes de passeport et de carte d’identité. Un service mobile, qui se déplace une fois par mois le long du fleuve, avec une étape de deux jours, tous les deux mois, à Maripasoula. "C’est très compliqué, on veut du changement" se lamente France. La mairie de Maripasoula devrait bientôt être dotée de l’équipement pour enregistrer les demandes de pièces d’identité.

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