Au Sénégal, où la pandémie s'enracine, les mesures sanitaires se heurtent à la résistance de la population, partagée entre fatalité, solutions miracles et nécessités économiques. À Dakar, les autorités tentent de contenir la contagion, encore modeste, en attendant une prochaine campagne de vaccination.

Le port du masque, lorsqu'il est accepté, reste encore très approximatif dans les rues de Dakar. Au marché, notamment.
Le port du masque, lorsqu'il est accepté, reste encore très approximatif dans les rues de Dakar. Au marché, notamment. © Radio France / Nathanaël Charbonnier

Au Sénégal aussi on parle de seconde vague, mais il faut toutefois relativiser, avec des chiffres qui sont loin d’atteindre ceux de l'Hexagone. Depuis le début de l’épidémie, plus de 28 700 personnes ont été touchées par la Covid-19, et 682 en sont mortes. Soit 4 pour 100 000, contre 119 en France. 

Le gouvernement suit néanmoins l’évolution du virus avec attention. Car entre novembre et janvier, les choses ont changé. Il y a deux mois, on pensait la pandémie passée. Or les chiffres sont repartis à la hausse et le niveau des contaminations dans le pays stagne depuis plusieurs semaines. 2 000 à 2 500 tests sont réalisés tous les jours au Sénégal, et le nombre de cas positifs varie entre 250 à 400. Ainsi, ce dimanche, 273 nouveaux malades ont été recensés. 

Certains masqués… d'autres pas

Nous sommes dans la périphérie de Dakar. Dans la rue, les habitants vont et viennent, certains portent un masque, d'autres le préfèrent sous le manteau. D'autres encore l'ignorent tout simplement, comme Moussa, pêcheur. Et la Covid-19 ne lui fait pas peur. Car des épidémies, il y en a déjà vu passer. 

"Je n'ai jamais mis de masque parce que ça n'est pas juste avec un simple masque que tu ne seras pas malade. Ce n'est pas possible. Il y a eu le palu, le cancer, mais l'État ne s'est jamais soucié de ces maladies-là. Et quand la Covid est là, tout le monde en parle. Parce les Occidentaux font pression sur l'État. Mais combien le palu a-t-il tué ? Il a tué des millions de Sénégalais. Et pourquoi on ne soigne pas les autres maladies ?" 

Tradition et nécessité

Ici, beaucoup font confiance à la médecine traditionnelle. C'est elle qui soigne souvent au quotidien. D'ailleurs, Samba, peintre de profession, en est tout à fait persuadé. 

"Moi, je crois plus aux médecines traditionnelles qu'en la médecine moderne. Un mélange de quatre tiges d'arbres peut arrêter la maladie ou protéger. Tout le monde l'utilise. C'est pour ça que le Covid ne progresse pas au Sénégal."

À Dakar, le port du masque n'est obligatoire que dans les magasins et dans les taxis.
À Dakar, le port du masque n'est obligatoire que dans les magasins et dans les taxis. © Radio France / Nathanaël Charbonnier

Pour autant, les autorités, elles, s'en remettent aux méthodes éprouvées ailleurs. Couvre-feu le soir à partir de 21 heures à Dakar et à Thies, frontières fermées, école à mi-temps, et port du masque obligatoire dans les magasins ou dans les taxis. Il a même été demandé à certains commerçants de fermer à tour de rôle leurs boutiques. Mamadou Ciliés en fait partie. Or, sa priorité à lui n'est pas de vaincre la Covid.

"On a des enfants à nourrir à la maison, on a notre maman et papa à nourrir à la maison. Si l'État nous dit de fermer, il faut qu'il nous aide. On sait que la maladie existe, c'est sûr, mais on a des problèmes. Il faut que l'État pense à nous aussi."

Des réticences qui inquiètent les médecins

Réticence politique, réticence médicale, réticence économique, le cocktail fait le lit de la pandémie. Elle inquiète surtout les médecins qui travaillent au quotidien pour soigner les malades. C'est ce qu'explique le Docteur Ibrahima Fall, qui s'occupe du centre médical dans le quartier de Ngor. Pour lui, cette méfiance a un coût sanitaire élevé car cela a une incidence sur la totalité de la chaîne médicale. 

"Cela augmente la propagation, la contamination et, par conséquent, cela augmente le nombre de cas confirmés de malade. Le souci pour les praticiens, c'est que les gens ne viennent pas consulter à temps, donc on ne diagnostique pas à temps, et cela entraîne beaucoup plus de cas graves et de décès par rapport à la première vague de Covid-19."

Appels à la responsabilité

Les autorités politiques et médicales peuvent en tout cas compter sur l'aide de Dieu pour faire passer le message de prévention. Mohamed Niass est imam et, lors des prières, il invite les fidèles à respecter les règles.

Quand il fait ses prêches, il dit aux gens de "ne pas oublier que la maladie est là, que ce n'est pas un jeu". Mais il pointe aussi les difficultés économiques. Et il les incitera à se faire vacciner, "parce que c'est pour leur bien", assure-t-il. 

La campagne vaccinale ne devrait pas débuter au Sénégal avant le mois de mars prochain. D'ici-là, le président sénégalais Macky Sall a lancé un appel à la responsabilité individuelle :

"Tous ceux qui continuent d'ignorer les gestes barrières, de négliger le port correct du masque et, pire, de nier l'existence même de la Covid-19, je veux dire ceci : vous vous mettez en danger et vous mettez les autres en danger."

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