Au Venezuela, Nicolas Maduro s’apprête à prêter serment pour un second mandat ce jeudi, alors que son pays traverse la pire crise économique de son histoire. Le FMI estime que l’inflation sera de 10 000 000% en 2019.

Au Venezuela l’inflation explose. L'aide financière envoyée par les vénézuéliens émigrés et donc primordial
Au Venezuela l’inflation explose. L'aide financière envoyée par les vénézuéliens émigrés et donc primordial © Getty / Rayner Pena/picture alliance

Le salaire minimum pour une personne au Venezuela permet d’acheter une boîte d’œufs et un demi-kilo de fromage. Qui peut survivre avec ça pendant un mois...

Depuis 2015, 2,3 millions de Vénézuéliens ont quitté le pays selon l’ONU. Parmi ceux qui restent, 80% touchent le salaire minimum qui vaut désormais à peine plus de cinq euros. C’est paradoxalement grâce à l’émigration, et à l’argent envoyé par leurs proches, que bon nombre d’entre eux survivent.

Il est presque l’heure du déjeuner dans le quartier populaire de La Vega, au sud de Caracas. La petite cuisine des Grazon est vide. Faute de nourriture, la famille ne s’autorise que deux repas par jour. Dans le salon, le grand-père Carlito a les joues creuses et les bras maigres, le regard vague à cause de son œil de verre. Il explique : "C’est à cause des pénuries de médicaments que j’ai perdu mon œil."

Ce retraité, ancien bibliothécaire, ne touche qu’une pension égale au salaire minimum : "Je survis grâce à ce que m’envoie ma fille depuis les États-Unis. Elle y est depuis trois ans et elle nous fait des virements de temps en temps."

Au Venezuela, on appelle ça des "remesas" 

Depuis quelques mois, il n’est plus possible de virer de l’argent depuis un compte étranger directement vers un compte vénézuélien. En nationalisant plusieurs banques, le gouvernement a interdit ce genre d’opération, officiellement pour limiter l’inflation. sa fille a dû utiliser une autre méthode, raconte Carlito : "Elle doit trouver un intermédiaire pour pouvoir nous envoyer l’argent. Ensuite elle vire les dollars vers un compte américain, et quelqu’un d’autre ici nous donne des Bolivars. Ça coûte cher parce que c’est rare de trouver une personne avec un compte là-bas et un autre compte ici au Venezuela."

La voisine de Carlito, Maria, n’a pas cette chance. On devine qu’un corps squelettique flotte sous sa robe usée. "Je dois m’occuper de mes deux petits-enfants et c’est dur. Je n’ai même pas de quoi leur offrir une paire de chaussures."

Avec la crise migratoire, de plus en plus de Vénézuéliens survivent grâce aux "remesas" de leurs proches à l’étranger. Ils étaient un peu moins de 10% en 2015, aujourd’hui, cela concerne environ un tiers de la population selon plusieurs études. Alfredo Infante est prêtre dans le quartier. Sa maison est toujours pleine de riverains comme ce soir et quand le père Alfredo demande "Parmi nous qui a un proche à l’étranger ?" "Tous…" répond cette femme. Tous les présents ont entre quatre et sept membres de la famille à l'étranger.

Autant de personnes qui peuvent soulager un peu le quotidien difficile des habitants du quartier. Mais cela pose un certain nombre de problèmes, d’après Alfredo Infante, et pas seulement parce que des intermédiaires en profitent pour s’enrichir. "Cela génère un problème d’insécurité pour les familles. Ici la mafia est proche du gouvernement et fait ce qu’elle veut. Elle identifie les familles qui vivent grâce à cet argent envoyé de l’extérieur et le fait vivre dans la peur de l’enlèvement et de l’extorsion. C’est un problème très sérieux."

L’augmentation des "remesas" participe à la "dollarisation" du pays

De plus en plus d’achats au quotidien se font ici en dollars plutôt qu’en bolivars. Selon le cabinet économique Ecoanalitica, près de trois milliards de dollars ont été envoyés au Venezuela par la diaspora en 2017. On pourrait croire que cette arrivée massive de devises étrangères aggrave l’inflation, mais selon l’économiste Pilar Navarro, la relation est inverse. "Ce ne sont pas les 'remesas' qui ont un impact sur l’inflation. Au contraire : plus il y aura de l’inflation, plus le PIB va décroître, et plus il y aura des 'remesas'."

Tout laisse penser que le phénomène va continuer d’augmenter. Car malgré les réformes économiques du gouvernement vénézuélien, l’inflation ne montre aucun signe de ralentissement, et elle pousse chaque jour un peu plus de Vénézuéliens à fuir le pays.

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