Un nouvel institut de recherche et de conseil, Action Résilience vient d'être créé. Ses fondateurs, parfois bien connus, espèrent aider la France à moins tâtonner dans ce domaine.

L'État français tâtonne encore sur la question de la déradicalisation
L'État français tâtonne encore sur la question de la déradicalisation © Maxppp / Julio Pelaez

À l'origine d'Action Résilience, cinq hommes dont on connaît, pour certains, bien les noms. Ils espèrent faire enfin avancer les choses dans un domaine où la France peine à trouver des solutions efficaces. Entre eux, tout a commencé sur les réseaux sociaux : un socle d'idées et de valeurs communes les a rapprochés et convaincus de créer leur propre structure. Elle est composée d'une association pour poursuivre la recherche, et d'une société pour proposer formations et stratégies de prévention...

Un domaine que connaît bien Mourad Benchellali, ancien détenu de Guantanamo et l'un des cinq fondateurs d'Action résilience. "C'est un travail que je fais depuis des années, et le faire seul c'est moins efficace que le faire à plusieurs. Par la force des choses, à cause de mon parcours, j'ai aussi vécu avec des djihadistes. Ça rend plus apte à comprendre la mentalité djihadiste : l'idée c'est de remplacer le fantasme et la méconnaissance par la connaissance."

Outre un ancien détenu de Guantanamo donc, la structure rassemble un avocat spécialiste de la radicalisation en entreprise, un ingénieur informatique, un observateur des mouvements terroristes, et un ancien reporter de guerre, retenu en otage dix mois par le groupe État islamique en Syrie, Nicolas Hénin. Il est aujourd'hui le président d'Action Résilience.

Pour lui, "la plupart des échecs précédents vient du fait que les intervenants se sont enfermés dans un modèle. Untel prétendait que c'était uniquement une question quasi-sectaire, d'emprise mentale, un autre que c'était exclusivement une question d'islam, un autre que c'est exclusivement une question psychanalytique... En fait, il y a l'ensemble de ces facteurs. Il faut être à l'intersection, d'où la nécessité de l'interdisciplinarité."

Pas de recette miracle

Mais les cinq hommes sont persuadés d'une chose : la mise en commun d'une multitude de savoirs et de compétences ne peut donner que du bon. "On a la conviction qu'il suffit d'assez peu", explique Nicolas Hénin. "On a des acteurs, les assistants sociaux, les personnels de réinsertion, qui sont largement qualifiés. Bien plus qualifiés que beaucoup des gourous autoproclamés de la déradicalisation. Il suffit de leur apprendre la spécificité de ce phénomène terroriste djihadiste."

Tout ça va dans le bon sens, pour le CELT, le centre d'expertise de lutte contre le terrorisme mis en place par l'ONU et les écoles de Saint Cyr. Olivier Hanne, historien de l'islam,en fait partie et pour lui, toute initiative solide est bonne à prendre. "C'est aussi cette conjonction de compétences très différentes qui permet d'améliorer la connaissance des problématiques actuelles", explique-t-il. "Dans le cadre du CELT, on a une collaboration plus étroite avec la Défense : on a une connaissance des terrains extérieurs, mais il ne faut pas négliger le terrain intérieur, le terrain social. C'est cette saine concurrence de recherche qui permet de ne pas se tromper sur les analyses."

"Il faut un peu d'ordre dans tout ça"

Depuis les attentats de 2015 en France, la prévention de la radicalisation donne parfois l'impression d'être devenue un business, avec ses dérives. D'abord Sonia Imloul, présentée comme un pionnière de la déradicalisation, puis condamnée pour détournement de subventions. Il y a ensuite Dounia Bouzar, la "madame désembrigadement" du gouvernement, dont les résultats et les théories sont aujourd'hui contestés. Ou encore Patrick Amoyel, surnommé le "psychanalyste du jihad", mis en examen pour viols.

Pour la sénatrice écologiste, Esther Benbassa, qui doit rendre cette semaine son rapport de mission parlementaire sur le sujet, on s'éparpille... Et on finit par faire n'importe quoi. "On multiplie les observatoires, on multiplie les associations, et il y a beaucoup d'argent qui est distribué. Mais quel est le résultat ? Il faut qu'il y ait un peu d'ordre dans tout ça."

La France est loin d'être la seule à avoir du mal à gérer le phénomène : depuis les années 2000, près de 20 pays européens ont lancé des programmes de prévention de la radicalisation. Le seul qui semble porter ses fruits, sans être parfait, c'est le modèle danois, basé sur un accompagnement individualisé des jihadistes de retour ou de ceux qui auraient eu envie de partir.

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