Selon l'Onu, l'offensive de l'armée syrienne appuyée par les Russes à Deraa (au sud de la Syrie) a jeté près de 300 000 Syriens sur les routes vers la Jordanie et vers Israël. En réaction, Israël a renforcé ses moyens militaires sur le Golan occupé.

Ligne de démarcation entre la Syrie (à gauche) et Israël (à droite)
Ligne de démarcation entre la Syrie (à gauche) et Israël (à droite) © Radio France / Etienne Monin

Les premiers signes des combats en Syrie sont visibles à la frontière entre la Syrie et Israël sur le plateau du Golan dont les herbes jaunes sont brûlées par un soleil puissant. Il fait 34 degrés. On peut voir un vieux tank des années 2000 abandonné côté israélien. Et une colline pelée cÔté syrien. Témoins du dénuement, des réfugiés sont installés dans ce secteur.

Camp de réfugiés syriens contre la ville syrienne de Briqa monté en 2012. Des dizaines de nouvelles tentes depuis l'offensive de Deraa
Camp de réfugiés syriens contre la ville syrienne de Briqa monté en 2012. Des dizaines de nouvelles tentes depuis l'offensive de Deraa © Radio France / Etienne Monin

Amir Duvdevani habite le kibboutz d’Alonei Abashane, l’un des plus proches de la frontière entre Israël et la Syrie.

Du côté israélien, vous voyez la forêt. De l’autre côté, il n’y a plus d’arbre parce que tous les gens qui vivent là-bas n’ont pas d’électricité, pas de chauffage. Donc ils ont coupé les arbres.

Le camp de réfugiés se trouve côté syrien, à quelques centaines de mètres de la frontière israélienne. Les tentes sont blanches et orangées. Elles sont accolées à la ville de Briqa (Syrie). Deux autres camps sont visibles le long de la frontière. Mais ici, le flux de réfugiés n’est pas massif.

Sarit Zehavi est une ancienne du renseignement militaire israélien. Elle dirige maintenant un centre d’études sur la situation en Syrie :

Seulement quelques milliers de réfugiés sont venus s’installer côté syrien à proximité d’un camp qui existe depuis des années, pas du côté israélien. Ils ont rejoint d’autres réfugiés. Donc on peut voir un peu plus de tentes par rapport aux années précédentes...

Voilà longtemps qu'Israël apporte un soutien aux rebelles et aux réfugiés du secteur. Dans un premier temps, des blessés ont été soignés en Israël. Au total, plus de 5 000 Syriens qui ne sont restés sur le territoire israélien que le temps de leur traitement médical. 

Puis dans un deuxième temps, l’armée israélienne a organisé des transferts d’aide humanitaire. Le 28 juin dernier, un important chargement d'aide a passé la frontière. Il s'agit d'une politique de soutien mise sur pieds il y a deux ans.

Gal Lusky dirige Flying Aid, la principale organisation israélienne de soutien aux Syriens :

Le tournant se situe en juillet 2016, quand l’armée nous a demandé de concentrer notre assistance humanitaire uniquement sur le Golan. La frontière a été ouverte, pour faire entrer de l’aide en Syrie, et permettre aux Syriens de s’occuper eux-même de leur population a grande échelle.

Mais le soutien s’arrête là. Le gouvernement israélien a fait savoir qu’il n’ouvrirait pas ses portes aux réfugiés. Amir Duvdevani est un habitant du kibboutz d’Alonei Abashane, l’un des plus proches de la frontière avec la Syrie.

Il y a une différence entre soigner des blessés et faire entrer votre ennemi dans votre pays. Tous ceux qui se sont faits soigner dans les hôpitaux ici ont de toute façon dit qu’ils voulaient repartir après.

Champ de mines toujours actives sur le plateau du Golan
Champ de mines toujours actives sur le plateau du Golan © Radio France / Etienne Monin

Israel communique beaucoup sur les raisons humanitaires de ce soutien mais au-delà le gouvernement cherche à empêcher l’avancée et l’implantation des troupes iraniennes soupçonnées en Israël d'avancer dans le sillage de l’armée régulière syrienne.

Sarit Zehavi, ancienne du renseignement militaire, dirige aujourd'hui un centre d’études sur la situation en Syrie :

Pendant 40 ans, le gouvernement syrien a fait en sorte que cette frontière soit calme. On a du mal croire que si le gouvernement syrien reprend cette zone, ce sera seulement le gouvernement syrien : ce sera les Syriens ET les Iraniens en réalité. Israël essaye maintenant de s’assurer que les gens qui sont proches de la frontière ne se feront pas massacrer par le gouvernement, et que l’Iran n’entrera pas.

Le Premier ministre israélien négocie avec le président russe actuellement. Les deux hommes doivent se voir à nouveau ce mercredi. Israël souhaiterait garder une présence alliée en Syrie près de sa frontière.

Ofer Zalzberg est analyste à l’International Crisis Group :

Ces rebelles, ces Syriens peuvent agir contre une infiltration iranienne dans la région. Ils peuvent former un tampon.

Cette offensive dans la région de Deraa révèle les non-dits de la stratégie israélienne. 

D’abord sur le soutien aux rebelles. Ensuite sur l’idée que Bachar al-Assad n’est plus l’homme à abattre mais celui avec lequel on peut indirectement négocier pour éviter la politique du pire pour Israël : l’avancée iranienne.

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  • Etienne MoninJournaliste, correspondant de Radio France à Jerusalem
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