Au nord du Mali, une vaste zone désertique est minée depuis 2012 par une insécurité chronique. Un territoire où sont lancés des projets de développement pour faciliter le retour des services de l'état malien et éviter celui des groupes djihadistes.

Á l'entrée de Ménaka, des soldats français de Barkhane quadrillent le marché.
Á l'entrée de Ménaka, des soldats français de Barkhane quadrillent le marché. © Radio France / Omar Ouahmane

Muni d’une truelle, le gouverneur de Ménaka Daouda Maïga a posé, jeudi 27 juin 2019, la première pierre du futur de marché de Ménaka. L’instant est symbolique et l’attente de la population très grande car ce marché sera, à terme, équipé d’un point d’eau et totalement électrifié. 

Mais ce projet humanitaire se heurte à la réalité sécuritaire de la région. Ménaka fait partie de ces villes du nord du Mali où l'état est faible, quasi inexistant et où les groupes armés pullulent. Des combattants sans salaires qui écument la région comme l'explique Daouda Maïga, le gouverneur de Ménaka : "Nous savons très bien que l’objectif des groupes qui veulent s’implanter, ce n’est ni le développement ni la stabilité."

Daouda Maïga, le gouverneur du cercle de Ménaka.
Daouda Maïga, le gouverneur du cercle de Ménaka. © Radio France / Omar Ouahmane

Ces hommes armés qui sèment la terreur sont souvent des ex-rebelles issus de groupes qui n'ont pas déposé les armes contrairement à l'accord conclu avec le pouvoir central en échange d'une intégration au sein de l'armée nationale. Mohamed Agoumar fait partie de la CMA la coordination des mouvements de l'Azawad. Il ne veut pas entendre parler de désarmement : 

Jamais, pourquoi ? En pleine guerre comme ça ? Tu ne peux pas rendre tes armes comme ça ! Nous ne sommes pas des groupes armés, nous sommes des mouvements armés jusqu’aux dents qui cherchent leurs droits dans leur pays.

Des régions délaissées par le pouvoir central

Pour l'instant, ce chaos n'entrave pas les projets humanitaires lancés à Ménaka. Marché, abattoirs, centre de santé des chantiers financés par l'AFD l'agence française du développement Philippe Chedanne son directeur régional pour le Sahel :

On voit bien que les questions d’insécurité représentent un goulot d’étranglement et on est là obligés de lancer des programmes qui repose d’ailleurs sur un trépied simple : restaurer l’autorité de l’état par tous les moyens, faire en sorte aussi d’assurer les services de base aux populations et relancer l’économie.

Les habitants de Ménaka sont livrés à eux-même dans un environnement hostile.
Les habitants de Ménaka sont livrés à eux-même dans un environnement hostile. © Radio France / Omar Ouahmane

Mais la réalité dans le nord du Mali, ce sont aussi ces régions les plus reculées, souvent les plus délaissées par le pouvoir central et donc par les actions de développement. Fortaye Gueltane maire de Alata une commune qui se trouve à 240 kilomètres à l'est de Ménaka : "il y a beaucoup de problèmes dans ma commune. Et donc ça pousse certains jeunes à rejoindre les groupes armés les groupes terroristes ? N'importe quel groupe, si les jeunes sont abandonnés ils sont prêts à les rejoindre."

La peur des massacres

Des jeunes désœuvrés dans un environnement miné par la pauvreté et frappé de plein fouet par le réchauffement climatique, résultat l'eau potable, est de plus en plus rare et désormais source de tension entre communautés Abdoulaye Touré chargé de projet pour l'Agence française de développement :

Il peut arriver que les gens se battent pour l'eau, s'entre-tuent pour l'eau, car moi quand j'ai du bétail on arrive pas à l'abreuver c'est ma source de vie, c'est vraiment de l'or pour les gens d'ici.

Les femmes de Ménaka sont les premières victimes de l'insécurité qui règne dans la zone.
Les femmes de Ménaka sont les premières victimes de l'insécurité qui règne dans la zone. © Radio France / Omar Ouahmane

La peur des habitants c'est de voir leur région de Ménaka devenir à son tour le théâtre de massacres comme dans le centre du Mali où les tueries se multiplient. Adizatou Anaby présidente de la CAFO coordination des associations de femmes : "_Ça me fait peur, ça nous fait très très très peur_, car il y a même des liens de mariages entre eux, des liens de parenté entre eux, bien sûr on a peur que ça arrive à Ménaka."

Et c'est toute la raison d'être de ces projets de développement, construire des centres de soins ou offrir un meilleur un accès à l'eau dans ces zones déshéritées c'est à la fois aider aux retour de l'état malien et empêcher que les réseaux djihadistes ne s'implantent durablement.

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