Les villes moyennes, en déclin, tiennent-elles leur revanche avec la crise du coronavirus ? On l'a dit. Nous avons voulu le vérifier sur le terrain, à Vierzon, 26 000 habitants, à 200 kilomètres au sud de Paris.

Laurent, 55 ans, est venu se confiner à Vierzon. Il ne repartira pas vivre à Paris
Laurent, 55 ans, est venu se confiner à Vierzon. Il ne repartira pas vivre à Paris © Radio France / Claire Chaudière

L’envie d’ailleurs, la rupture qu’a constitué le confinement et les possibilités nouvelles offertes par le télétravail pourraient-elles changer durablement la donne pour des villes, entre 10 000 et 100 000 habitants, hors des grandes agglomérations ? Il est trop tôt pour l'affirmer et en mesurer l'ampleur mais oui, "il se passe quelque chose", il y a un frémissement.

Confinement à 1h30 de Paris en train

Petite déambulation matinale dans le centre ville de Vierzon. C’est Laurent, qui nous fait la visite. Cet ex-gérant de bar parisien reconverti dans le commerce en ligne est venu se confiner ici, ville où il avait déjà quelques attaches, à 1h30 de Paris en train.

Voyez les petites maisons de pêcheurs, la place Jacques Brel, le beffroi... Pour moi le Parisien, c'est la campagne ! Au début je pensais être coincé ici, et puis j'ai apprécié rester à Vierzon trois mois. Au point de décider de ne plus bouger. 

Tous les matins, Laurent fait une promenade d'une heure dans Vierzon, au bord du canal du Berry.
Tous les matins, Laurent fait une promenade d'une heure dans Vierzon, au bord du canal du Berry. © Radio France / Claire Chaudière

Laurent ne repartira pas vivre à Paris. Il s’est installé dans un bel appartement avec vue sur les toits du centre-ville, bien décidé à poursuivre ses activités professionnelles à distance.   

Changement d'image ?

Vierzon, ville au cœur d'un bassin industriel sinistré, parfois qualifiée de « ville morte ». Et si cette image était sur le point de s’effacer ? A moins de 3 kilomètres à vol d’oiseau, chez Ledger, fabricant de coffres-forts numériques pour cryptomonnaies, plusieurs dizaines de millions d’euros de chiffre d’affaire, on affirme en tout cas réussir désormais à recruter de plus en plus d’ingénieurs. "Avant, on nous riait presque au nez. Maintenant, faire venir des collaborateurs à Vierzon n'est plus du tout aussi compliqué. Le cadre de vie et la possibilité pour le conjoint ou la conjointe de télétravailler facilitent les choses. Le fait de changer de vie est de plus en plus d'actualité", témoigne Eric Larchevêque co-fondateur de Ledger.

Le "Ledger Plex". Ledger, fabricant de porte-feuilles numériques pour cryptomonnaie, est installé à moins de 5 minutes en voiture du centre-ville de Vierzon.
Le "Ledger Plex". Ledger, fabricant de porte-feuilles numériques pour cryptomonnaie, est installé à moins de 5 minutes en voiture du centre-ville de Vierzon. © Radio France / Claire Chaudière

Une opportunité que ne veut surtout pas laisser passer le maire de Vierzon le communiste Nicolas Sansus. Prêt, même, à accompagner les télétravailleurs désireux de quitter la région parisienne dans leurs recherches immobilières : "On a fait un petit point avec les notaires, ils n'ont jamais fait autant de ventes que depuis fin mai ! Je pense, oui, que c'est la revanche des villes moyennes, que l'on peut désormais travailler à Paris et vivre à Vierzon".

On a eu plusieurs vagues d'arrivées : les retraités, les pauvres qui ne peuvent plus se loger en région parisienne. Maintenant il faut qu'on attrape quelques salariés. 

"La soutenabilité écologique passera aussi par nos territoires. Il faut désengorger les grandes villes", explique le maire de Vierzon, Nicolas Sansus.
"La soutenabilité écologique passera aussi par nos territoires. Il faut désengorger les grandes villes", explique le maire de Vierzon, Nicolas Sansus. © Radio France / Claire Chaudière

Ville prototype

A court terme le tissu commercial et industriel local risque cependant de sortir fragilisé de cette crise sanitaire. Séverine, restauratrice dans le centre-ville, ne voit, elle, aucun rebond venir : "On fait tout pour que ça redémarre, mais la crise risque plutôt de faire crever les petites villes. Commerces fermés, baisse de fréquentation... C'était déjà pas très glorieux avant, mais alors maintenant toutes les boutiques vides, ça fait de la peine à voir. Je reste sceptique, même si Vierzon a un énorme potentiel !

Mais c’est justement cette incertitude qui a séduit Dorian Degoutte. Lui lance ces jours-ci ses propres studios de cinéma après des semaines de travaux dans l’une des boutiques vides de la rue piétonne de Vierzon, avec le projet, un peu fou, de filmer de l’intérieur une ville en transition.  

Vierzon n'est pas une ville en ruine, mais une ville en devenir. Une ville-prototype, dont les faiblesses sont en réalité la force. Depuis quelques mois, il y a plein de petits signaux, un peu comme une constellation. Si on y prête attention, on voit que les choses commencent à bouger.

Le local de Dorian Degoutte, encore en travaux, rue Joffre.
Le local de Dorian Degoutte, encore en travaux, rue Joffre. © Radio France / Claire Chaudière

Rendez-vous dans quelques années pour en mesurer réellement les effets. Une chose est sûre, tempèrent de nombreux acteurs locaux, cette transformation des villes moyennes ne se fera pas du jour au lendemain. 

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