la mobilisation se poursuit en turquie
la mobilisation se poursuit en turquie © reuters

Le ton s'est durci entre le premier ministre Recep Tayyip Ersogan et les opposants à son parti, l'AKP, au pouvoir depuis 10 ans. Plus de dix jours après le début de la contestation en Turquie, reportage au coeur du mouvement, autour de la place Taksim.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a multiplié les meetings devant ses partisans dimanche en avertissant ses opposants que sa patience avait des limites pendant qu'à Ankara, la police dispersait des manifestants à l'aide de gaz lacrymogène et canons à eau.

Inflexible depuis le début, fin mai, de manifestations antigouvernementales sans précédent depuis son arrivée au pouvoir il y a dix ans, le dirigeant islamo-conservateur a comparé la contestation à une tentative menée par l'armée, gardienne de la laïcité, pour réduire ses pouvoirs en 2007.

Pas moins de six meetings ont été organisés dans la journée devant des milliers de partisans brandissant le drapeau rouge de la Turquie au cri d'"Allahu Akbar" (Dieu est le plus grand). Erdogan a accusé les protestataires d'attaquer les femmes portant le foulard ou de boire des bières dans les mosquées.

"Je crois en Erdogan et en son chemin. Nous ne laisserons pas des pillards prendre notre pays et notre drapeau en otage", a commenté une mère de famille assistant à l'une de ses réunions à Ankara.

A Istanbul, des dizaines de milliers de manifestants occupaient toujours la place Taksim, d'où le mouvement est parti il y a neuf jours quand les policiers ont violemment réprimé une manifestation pacifique contre un projet d'aménagement urbain. Le mouvement s'est depuis lors à une contestation plus générale du pouvoir d'Erdogan, accusé de dérive autocratique et de menace contre la laïcité, pilier de la République kémaliste.

Les manifestants ont désormais pris possession d'un vaste secteur autour de la place Taksim, dont les accès sont coupés par des barricades. La police s'est totalement retirée de la zone et les canons à eau restent à bonne distance, à plusieurs centaines de mètres de là.

Erdogan : la patience a une fin

Turquie : les causes de la contestation
Turquie : les causes de la contestation © Radio France

"Nous avons été patients, nous serons patients, mais la patience a une fin, et ceux qui font de la politique en se cachant derrière les manifestants devraient d'abord apprendre ce que signifie la politique", a déclaré le Premier ministre à Ankara, au cours d'un de ses discours les plus virulents depuis le début des troubles.

Erdogan n'a pas précisé qui il y voyait "derrière" les manifestants mais l'une de ses plus grandes fiertés est d'avoir combattu l'élite conservatrice laïque depuis son arrivée au pouvoir, et notamment l'armée, à l'origine de quatre coups d'Etat en quatre décennies.

Il a comparé le mouvement de contestation aux manifestations laïques de 2007 et à sa confrontation d'alors avec les militaires. "Aujourd'hui, nous sommes exactement où nous étions le 27 avril 2007", a-t-il dit.

A cette date, l'armée avait publié sur son site internet une note dénonçant le projet de nommer Abdullah Gül, cofondateur de l'AKP (Parti de la Justice et du Développement, au pouvoir) à la présidence de la République.

Cette décision permettait à l'AKP d'élargir son pouvoir sur l'appareil d'Etat et les généraux avaient laissé entendre qu'ils pourraient agir pour l'en empêcher, au nom de la défense de la laïcité. Mais contrairement aux autres gouvernements avant lui, Erdogan avait tenu tête aux officiers, qu'il avait réprimandés publiquement pour leur intervention, et remporté le bras de fer, connu parfois sous le nom de "putsch électronique". Nombre de hauts gradés ont depuis lors été mis sous les verrous, accusés de complots.

Le Premier ministre dément vouloir islamiser la Turquie laïque comme l'en accusent ses adversaires. Convaincu que des forces puissantes restent mobilisées contre lui, il a cité dans son discours deux de ses modèles en politique: l'ancien Premier ministre Adnan Menderes, pendu après le coup d'Etat de 1960, et Turgut Özal, président réformiste mort en 1993 que ses proches soupçonnent d'avoir été empoisonné.

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