Le zoom de France Inter nous emmène ce matin en altitude, où le réchauffement climatique provoque non seulement la fonte des glaciers, mais aussi l’effondrement de parois entières de la montagne.

La mer de glace aujourd'hui
La mer de glace aujourd'hui © Radio France / Géraldine Hallot

Chamonix, vallée du Mont-Blanc. Ici, les températures ont augmenté de 2,1 degrés depuis 1936. C'est deux fois plus qu'ailleurs en France (et dans le monde).

Pourquoi cette hausse si importante ? La faute à l'effet albédo*, sûrement. La faute à l'activité humaine, sans doute : la vallée du Mont-Blanc souffre de la pollution. Le trafic routier y est particulièrement dense, 6000 véhicules empruntent chaque jour le tunnel du Mont-Blanc et 20 000 la Route Blanche (RN205 qui dessert Chamonix).

Les glaciers reculent

Comme chaque jour depuis le début de la saison estivale, le train du Montenvers déverse son flot de touristes à la mer de glace. Un couple de touristes écarquille les yeux : ce n’est plus une mer de glace, c’est une mer de pierres. "Ça ne ressemble plus à une mer ni à de la glace", se désole Yannick Vallençant, guide et président du syndicat interprofessionnel de la montagne.

La mer de glace au début du 20ème siècle
La mer de glace au début du 20ème siècle / Montenvers - Mer de glace
La mer de glace en 2019
La mer de glace en 2019 © Radio France / Géraldine Hallot

"Tout ce qui reste du glacier est recouvert par des amas rocheux et de la poussière. C'est assez triste de voir ça quand on l'a connu autrement." Car Yannick Vallençant a connu la mer de glace autrement. Et c'était il n'y a pas si longtemps.

"Quand je m'entraînais pour passer le diplôme de guide de haute-montagne, il y avait ici des lames de glace qui mesuraient 20 ou 30 mètres de haut, et sur lesquelles on venait s'entraîner avec nos piolets et nos crampons." Ce n'est plus qu'un lointain souvenir. Depuis le début du XXe siècle, le glacier de la mer de glace a perdu plus de 100 mètres de hauteur : c'est considérable.

La montagne s'écroule

La fonte des glaciers est la conséquence la plus visible du réchauffement climatique en montagne. Moins connue mais tout aussi dramatique, la dégradation de ce qu'on appelle le permafrost. Le permafrost (pergélisol en français), ce sont les sols gelés en permanence. C’est en quelque sorte le ciment des montagnes, et ces dernières années, il a tendance à fondre lui aussi. Résultat : les pierres se détachent, et des parois s’écroulent, comme ici à la Tour Ronde.

Cette vidéo a été tournée par l'association "la Chamoniarde", qui fait de la prévention et du secours en montagne. L’écroulement le plus spectaculaire est l’effondrement du pilier Bonatti sur la face ouest des Drus en 2005. Le célèbre alpiniste Walter Bonatti a donc assisté de son vivant à la disparition du sommet qu'il avait conquis héroïquement en 1955 (il est décédé 6 ans après l'écroulement de "son" pilier, en 2011).

Ludovic Ravanel est géomorphologue au CNRS, spécialiste des écroulements ** : "La dégradation du permafrost est directement liée au changement climatique", explique-t-il. "Certaines années, nous avons plus d'une centaine d'écroulements dans le Massif du Mont-Blanc et c'est le cas notamment lors des étés caniculaires comme en 2003, en 2015, en 2017 et en 2018."

Des parois s’écroulent et la montagne devient plus dangereuse. Rien que sur la voie classique du Mont Blanc, 102 personnes sont mortes entre le refuge de Tête Rousse et le refuge du Goûter depuis 1990, d'après une étude de la Fondation Petzl, du CNRS et du PGHM. La moitié de ces accidents est due aux chutes de pierre.

Etude de la Fondation Petzl, du PGHM et du CNRS
Etude de la Fondation Petzl, du PGHM et du CNRS / Jacques Mourey, Olivier Moret, Stéphane Bozon, Philippe Descamps
Etude de la Fondation Petzl, du PGHM et du CNRS
Etude de la Fondation Petzl, du PGHM et du CNRS / Jacques Mourey, Olivier Moret, Stéphane Bozon, Philippe Descamps

Alors les alpinistes sont invités à gravir le Mont-Blanc en mai/juin plutôt que l’été. Message reçu cinq sur cinq par cet alpiniste américain venu tenter l’ascension à la mi-mai. "Je pense que la sécurité est meilleure en mai. Le réchauffement est moins susceptible de faire tomber les pierres. Enfin, on verra bien !"

Des guides de la vallée du Mont-Blanc disent sans détour qu’en juillet et en août, à cause des chutes de pierre, le couloir du Goûter est devenu "un coupe gorge".

*Les Alpes, il y a quelques dizaines d'années, étaient blanches, couvertes de neige. Cette couleur blanche renvoie l'énergie.  Aujourd'hui, les montagnes sont plus caillouteuses et ces surfaces caillouteuses retiennent l'énergie. C'est ce qu'on appelle une boucle de rétroaction positive: plus il fait chaud plus ça fond ; plus ça fond plus il y a de cailloux, plus il y a de cailloux plus il fait chaud. [Explications fournies par Ludovic Ravanel, géomorphologue, chercheur au CNRS.]

** On parle d'écroulement quand les chutes de pierres sont supérieures à 100m3. Quand elles sont inférieures à 100m3, on parle d'éboulement.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.