prostitution
prostitution © SERGE POUZET/SIPA /

La Commission nationale consultative des Droits de l'homme (CNCDH) publie un rapport que France Inter a pu consulter en avant-première. Le constat est affligeant : traite économique sur les chantiers, esclavage à domicile et traite sexuelle. La France devient un terrain de jeu pour les organisations criminelles.

Dans les locaux de L'Amicale du Nid, qui lutte contre la prostitution, une femme est assise, une vingtaine d'années, très belle, Nigériane. La description s'arrêtera là puisque la dépeindre plus serait la mettre en danger. Un bébé ronronnant dans les bras, elle raconte son départ pour la France, en 2012.

Une amie de ma sœur cherchait quelqu'un pour l'aider en France. Elle disait avoir un grand magasin. Quand elle m'en a parlé, j'étais très heureuse ! Je me disais : je vais enfin pouvoir aider ma famille, qui est très pauvre. On a pris un vol pour la France. On s'est fait passer pour une famille, avec une fausse identité. Et puis on a appelé le patron. Il nous a transportés de Paris à Bordeaux. Et là sa femme a dit : "Il n'y a pas de magasin... Tu dois te prostituer. Si tu ne le fais pas, tu devras me payer, 63 000 euros ". Un jour, j'ai pris un client. J'ai eu à peine le temps de me déshabiller, il m'a poignardée. La police est venue à l'hôpital et m'a demandé : "Où est ton patron" ? J'ai rien dit parce que je ne voulais pas mourir. Je suis retournée à l'appartement. Deux semaines après, elle m'a dit : "Tu es rétablie, tu dois te prostituer ".

"Le passeport de ces femes est souvent confisqué. La famille, restée sur place, menacée ", explique Juliette de L'Amicale du Nid :

D'où viennent ces femmes ?

D'Afrique, de Bulgarie, decRoumanie ou encore de Chine. "La moitié des réseaux de prostitution démantelés l'an dernier étaient des réseaux de traite ", estime le commissaire Jean-Marc Droguet, chef de l'Office central pour la répression de la traite des êtres humains. Et ils ressemblent de plus en plus à des entreprises, avec le développement des Sex Tours pour réduire les coûts au maximum.

Jean-Marc Droguet :

Avoir un salaire

Quand elles sont recluses et mobiles. Certaines ne savent meme pas dans quel pays elles se trouvent. Mais certaines s'en sortent. Il faut alors se reconstruire, apprendre à travailler pour un salaire. Direction, une petite imprimerie dirigée par L'Amicale du Nid, en région parisienne.

Avoir Un salaire c'est aussi pour ne pas retomber. Et ça vaut aussi pour les victimes de traite sur des chantiers, ou au domicile. Aujourd'hui on ne poursuit pas assez en justice sur ce motif, déplore Christine Lazerges, présidente CNCDH, la Commission nationale consultative des droits de l’homme :

Parmi les recommandations de laCNCDH, mettre plus d'argent dans la lutte contre la traite, pour pouvoir, par exemple, former policiers, inspecteurs du travail, magistrats sur le sujet. Mieux protéger, mieux héberger aussi, les victimes, quand elles décident de s'échapper.

►►► POUR EN SAVOIR PLUS | Lire Traite des êtres humains : la France aussi est touchée

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