Après 25 ans de règne, et 80 printemps, Jean-Claude Gaudin quitte la mairie du Vieux-port. La guerre de succession est ouverte à Marseille, sans tête d'affiche. Ses anciens adjoints s'écharpent sur 3 listes concurrentes. La gauche est tout aussi divisée, et le RN espère en profiter. Zoom sur ce grand théâtre politique.

Jean-Claude Gaudin, lors de son dernier conseil municipal à Marseille
Jean-Claude Gaudin, lors de son dernier conseil municipal à Marseille © AFP / Gérard Julien

"Nul ne peut arrêter l’horloge du temps, elle sonne aujourd'hui pour moi l'heure du retrait, je souhaite bonne chance à Marseille".

La voix émue, le regard humide, le 27 janvier dernier, Jean-Claude Gaudin préside son 198e et dernier conseil municipal. En 1965, il y était entré avec le statut de benjamin sur la liste de Gaston Deferre : "Mes quatre enfants n'ont connu que Jean-Claude Gaudin" se lamente Samia Ghali. 

La sénatrice Samia Ghali a quitté le PS, elle se lance sans étiquette
La sénatrice Samia Ghali a quitté le PS, elle se lance sans étiquette © Radio France / Maxence Lambrecq

La sénatrice qui avait déjà tenté sa chance en 2014, battue à la primaire socialiste par Patrick Mennucci, repart en campagne, mais cette fois, sans étiquette. Elle a quitté le PS l'an dernier et n'a pas voulu rentrer dans une alliance des gauches. Aujourd'hui, Samia Ghali espère profiter d'une droite orpheline, d'une "classe politique fatiguée". "À droite, pendant 25 ans, il y avait toujours Jean-Claude Gaudin : papa, qui veillait sur eux, qui les faisait élire, qui ne leur demandait rien puisqu'il s'en foutait de savoir si le travail était fait ou pas. Maintenant, il n'y a plus de papa, ils sont un peu orphelins, un peu perdus"

La droite est, en effet, divisée sur trois listes : 

  • La liste LREM portée par l'ex-président de l'université d'Aix-Marseille, Yvon Berland qui accueille notamment l'adjointe à la sécurité de Jean-Claude Gaudin
  • La liste du sénateur, Bruno Gilles, ancien maire du 3e secteur et patron de la fédération LR
  • La liste investie par LR, portée par la présidente du département et de la métropole, Martine Vassal

Elle concentre l'essentiel des attaques, puisque Martine Vassal est la seule candidate officiellement soutenue par le maire sortant. Dans le dernier sondage IFOP, publié par La Provence, ce mardi, elle fait la course en tête avec 24% des intentions de vote.

Martine Vassal est la seule candidate officiellement soutenue par le maire sortant
Martine Vassal est la seule candidate officiellement soutenue par le maire sortant © AFP / Gérard Julien

"Martine Vassal recycle sur ses listes énormément d'élus qui sont les héritiers de monsieur Gaudin, elle-même était adjointe pendant 14 ans (de 2001 à 2015) donc elle porte ce bilan tragique de la Ville de Marseille" assène le candidat EELV, Sébastien Barles. 

Un bilan jugé "médiocre" ou "mauvais" par 57% des Marseillais, selon un récent sondage Ipsos. Martine Vassal joue donc les équilibristes. "On ne peut pas dire que rien n'a changé, des choses ont été faites. Jean-Claude Gaudin le dit lui-même 'Je n'ai pas tout bien fait', mais qui fait bien tout dans sa vie ? Et nous avons, depuis 25 ans, des thèmes qui ont évolué : la sécurité, l'environnement, on n'a pas la même approche qu'hier, on est sur un changement de génération" se justifie son ancienne adjointe, au micro de France Inter.

Le dissident LR, Bruno Gilles, prend encore davantage ses distances avec le bilan du maire sortant. Et cela amuse, évidemment, le candidat du Rassemblement National : Stéphane Ravier. Élu maire du septième secteur de Marseille en 2014, le sénateur repart au combat, et a accueilli la semaine dernière Marine Le Pen, pour un meeting au Parc Chanot. 

Réunion publique de Stéphane Ravier au parc Chanot de Marseille, le 6 mars, il tombe dans les bras de Marine Le Pen
Réunion publique de Stéphane Ravier au parc Chanot de Marseille, le 6 mars, il tombe dans les bras de Marine Le Pen © Radio France / Maxence Lambrecq

"À  les entendre, Jean-Claude Gaudin aurait été à la fois, maire, adjoint, conseiller municipal, et aurait tout décidé tout seul dans son bureau, pendant 25 ans", lance-t-il sur scène. "À les entendre, ils ont découvert l'habitat insalubre, le 5 novembre 2018", date du drame de la rue d’Aubagne : 8 morts dans l’effondrement de deux immeubles vétustes. C'est, depuis, la croix de Jean-Claude Gaudin. Un événement qui a mis en lumière l'état déplorable de près de 40.000 logements et de dizaines d’écoles. 

"Marseille s'est effondré, Marseille a tué, c'est inadmissible" ajoute la candidate, Michèle Rubirola. "Et Marseille s'étouffe, s'asphyxie, avec 2.500 morts prématurément dû à la pollution urbaine" dixit l'ancienne écolo, à la tête d'une alliance PS, PCF, Insoumis baptisée "Le Printemps marseillais" : 

"Nous ne sommes pas pour un Marseille de carte postale. Avec le Mucem, le Vieux-port, c'est bien gentil pour s'y promener trois jours, mais derrière, il y a des quartiers qui s'effondrent". 

La rue d'Aubagne à Marseille où deux immeubles se sont effondrés en 2015 provoquant la mort de 8 personnes
La rue d'Aubagne à Marseille où deux immeubles se sont effondrés en 2015 provoquant la mort de 8 personnes © Radio France / Maxence Lambrecq

Quels sont les points noirs de son bilan ? 

Qui peut l'emporter ?

À Marseille, comme à Paris et Lyon, l'élection municipale se déroule par arrondissements, ici par secteurs (qui réunissent deux arrondissements). Il y aura donc 8 élections distinctes dans les 8 secteurs. Le vainqueur peut donc ne pas être celui qui réunit le plus de voix, car il s'agit de la personne qui réunira le plus de sièges de conseillers. Il y en a 101, en tout. 

Dans les sondages, la candidate LR, Martine Vassal, est toujours en tête, mais avec une très faible avance sur le candidat RN. Stéphane Ravier peut-il décrocher la mairie centrale ? Non, il en a lui-même conscience, il pourrait au mieux décrocher trois secteurs (6e, 7e déjà RN, et 8e). "Le Front est fort à Marseille depuis la présidentielle de 1988", rappelle Bruno Gilles. "Il faut aller sur les mêmes domaines qu'eux, et arrêter d'en faire l'alpha et l'omega de la politique municipale"

Au centre, Michèle Rubirola, candidate PS, PCF, LFI, tracte avec une mini-fanfare dans le quatrième arrondissement de Marseille.
Au centre, Michèle Rubirola, candidate PS, PCF, LFI, tracte avec une mini-fanfare dans le quatrième arrondissement de Marseille. © Radio France / Maxence Lambrecq

Avec l'IFOP, nos confrères de La Provence ont testé pour le second tour une triangulaire, qui donne Martine Vassal en tête à 39%, une alliance de gauche Michèle Rubirola et Sébastien Barles à 35% et le RN à 26%. "Tout ça ne veut pas dire grand chose" estime un candidat : "Il faut voir secteur par secteur, alliance par alliance". "On ne va pas dormir dans la nuit de dimanche à lundi" ajoute une candidate, déjà prête aux longues tractations, et aux coups de billard, pour rester fidèle au Marseille de Deferre, Tapie, Guérini et Gaudin. 

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