François Mitterrand est le champion des entrées au Panthéon : 7 panthéonisations au total pour le président socialiste. Emmanuel Macron lui, en est à sa deuxième. Après Simone Veil en 2018, le chef de l'Etat honore ce 11 novembre, l'écrivain-combattant Maurice Genevoix et "Ceux de 14", du titre de son chef d'œuvre.

Une panthéonisation, c'est finalement un acte très codifié et politique
Une panthéonisation, c'est finalement un acte très codifié et politique © Maxppp / Alexandre Marchi

C'est tout un art une bonne panthéonisation. Parmi ceux qui connaissent la recette, Joseph Zimet, conseiller d'Emmanuel Macron jusqu'à cet été, spécialiste des questions mémorielles et en particulier de la Grande Guerre, et qui s'est beaucoup investi dans le dossier Genevois : "D'abord, la demande sociale. C'est le cas, par exemple, pour Simone Veil. Dès sa disparition, l'opinion publique réclamait son entrée au Panthéon.

Simone Veil au Panthéon : "Cette décision ne fut pas seulement la mienne. Cette décision fut celle de tous les Français" (Emmanuel Macron le 1 juillet 2018)

Une décision "issue d'un long chemin"

"Vous avez, après, un élément fondamental, c'est la mobilisation familiale" poursuit Joseph Zimet, "derrière toute panthéonisation, vous avez une famille." Famille qui peut faire plus ou moins de lobbying. Celle de Maurice Genevoix, par exemple, a lancé les démarches en 2010 pour faire entrer au Panthéon celui qu'elle considère comme le porte-étendard des héros de 14/18. Julien Larrère-Genevoix, le petit-fils s'en souvient : "C'est l'issue d'un long chemin et donc faire aboutir ce projet, dix ans après, c'est évidemment quelque chose de très émouvant, à titre personnel". 

Contre-exemples : la famille Rimbaud, opposée à la panthéonisation du poète aux côtés de Verlaine, ou celle d'Albert Camus, qui avait dit non à Nicolas Sarkozy en 2009, craignant la récupération politique. 

Un hommage pour qui ? Pour quoi ?

De fait, derrière l'hommage, quel est le message que le président veut faire passer ? Voilà un ingrédient incontournable, explique Joseph Zimet : "Vous avez la décision politique, le fait du prince d'une certaine façon, mais aussi une analyse politique des avantages et des inconvénients. Et la part personnelle qui revient au président de la République pour faire rentrer quelqu'un au Panthéon." 

Dans le cas de Maurice Genevoix, le message est limpide, poursuit son petit-fils : Vanter l'esprit français d'unité et de résilience dans la France du Covid et de la menace terroriste comme dans la France des tranchées. "Ce que je me dis" explique-t-il, "c'est que ces hommes-là, ils ont vécu ce qu'ils ont vécu et pour eux aussi, l'espoir était très lointain (....) Peut-être simplement se dire qu'on peut s'inspirer de cette envie de réussir quelque chose ensemble." 

Parler du présent grâce au passé, Emmanuel Macron l'a beaucoup fait encore récemment, début septembre, au Panthéon déjà, quand le président faisait l'éloge de la République. Mais pour ne pas se rater, ajoute son ancien conseiller Joseph Zimet, il doit consulter : "Une bonne panthéonisation c'est une nation qui reçoit l'assentiment d'un certain nombre de haute autorité intellectuelle, éditeurs, écrivains, philosophes, essayistes que les chefs d'État consultent pour, d'une certaine façon, recueillir leurs avis." 

Le déséquilibre hommes-femmes persiste

Des autorités intellectuelles qui seraient bien avisées de promouvoir de grandes femmes aux côtés des grands hommes. Philippe Bélaval est le président du Centre des monuments nationaux et donc le maître d'œuvre de la cérémonie. Il a écrit un rapport sur le sujet en 2013 : "Même si Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle et Simone Veil ont pu entrer au Panthéon depuis ce rapport, le déséquilibre entre les hommes et les femmes ne correspond absolument plus à nos attentes et à nos critères."

L'avocate féministe Gisèle Halimi, portée entre autres par la Ville de Paris, pourrait donc faire une candidate idéale. Mais les autres noms évoqués restent très masculins : Proust, Romain Gary, Diderot, Mendès-France. 

Pour Verlaine et Rimbaud, en revanche, aucune chance, selon un connaisseur du dossier, malgré la pétition soutenue par la ministre de la Culture Roselyne Bachelot : oppositions familiales, on l'a dit, mais aussi l'absence de consensus populaire, intellectuel et politique. 

Il y aura-t-il une troisième panthéonisation d'ici la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron ? Pas impossible, estime un proche, histoire d'envoyer un dernier message politico-mémoriel avant la présidentielle. 

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