Les petits Français nés depuis le 1er janvier 2018 doivent recevoir 11 vaccins : une réforme inspirée de nos voisins italiens, qui ont musclé leur couverture vaccinale. Mais en Italie, à la faveur de l’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement, on se pose la question de revoir ce système.

Beatrice Lorenzin (au centre), la ministre de la Santé italienne qui a étendu la couverture vaccinale, et Agnès Buzyn (à droite), son homologue française
Beatrice Lorenzin (au centre), la ministre de la Santé italienne qui a étendu la couverture vaccinale, et Agnès Buzyn (à droite), son homologue française © Maxppp / Daniel Dal Zennaro

Depuis l'arrivée d'un nouvel exécutif, dirigé par la Ligue et les 5-Étoiles, le débat sur la vaccination est relancé, et la confusion règne, alors que les petits Italiens font leur rentrée scolaire.

À l’origine de ce pataquès, une loi, pourtant claire. Adoptée sous l’ex-gouvernement de centre gauche, elle a rendu 10 vaccins obligatoires, contre 4 auparavant. La loi (dite Lorenzin) est entrée en vigueur il y a un an, avec l’appui du corps médical., dont le docteur Alberto Villani, qui préside la Société Italienne de Pédiatri :

Avant cette loi, si on prend la rougeole par exemple, nous avions des niveaux de couverture vaccinale de l’ordre de 85% en Italie. Sept personnes en sont mortes en 2017, quatre depuis le début de cette année. Grâce à la loi Lorenzin, aujourd’hui nous avons atteint un niveau satisfaisant. Maintenant, ce qui se passe en Italie se vérifie ailleurs. En France aussi où la loi Lorenzin a été copiée, une minorité hostile aux vaccins se manifeste. Ils font du bruit mais restent très minoritaires !

Les anti-vaccins, ou simplement les parents sceptiques, ont trouvé un relais politique avec l’arrivée au pouvoir de la coalition Ligue - 5 Etoiles, qui sur le sujet des vaccins tombe d’accord : un assouplissement est nécessaire. Andrea Cecconi porte ce point de vue. Il est député, proche des 5 Etoiles, père de trois enfants en bas âge qu’il n’inscrit pas à la crèche et à la maternelle pour ne pas les faire vacciner.

Notre objectif lors de cette législature, c’est de faire passer une loi qui rende les vaccins obligatoires uniquement quand il y a un risque pour la santé publique. Cela peut être sur une période donnée, dans une région, dans un département, dans une ville donnés. L’obligation sera appliquée, mais sans drame.

En attendant cette nouvelle loi, les parents doivent montrer patte blanche lors de la rentrée des classes. Si leur enfant n’est pas vacciné à 6 ans (âge de la scolarité obligatoire), et que l’enfant n’est pas à jour de ses vaccinations, les parents se voient infliger une amende... En théorie.

Entre les pro et les anti, les parents d'enfants fragiles

Car dans les faits, il est facile de déjouer l’administration. Delfo, par exemple, joue la montre en multipliant les courriers réclamant des informations sur les effets des vaccins. Il ne les obtient pas et inscrit, sans conséquence aucune, ses enfants de 6 et 8 ans à l’école publique à Rome sans les avoir vaccinés.

À l’âge de huit mois, mon fils a eu des pertes d’attention. Il fixait un point fixe sans bouger. On a fait le rapprochement avec les vaccins. La question c’est pourquoi, en tant que parent, je devrais administrer un médicament à mon enfant qui est en pleine santé ? On ne jure que par les vaccins pour lutter contre ces maladies, sans investir ailleurs ! Moi, ça me va si on vaccine tout le monde quand il y a une vraie épidémie, mais avant ça, je voudrais qu’on détermine si certains enfants peuvent réagir plus que d’autres aux vaccins et à certaines maladies.

 Laura Leggi a signé comme près de 300 000 autres parents une pétition réclamant le maintien de l'obligation vaccinale, seule protection pour son fils Davide, 6 ans, qui ne peut pas être vacciné.
Laura Leggi a signé comme près de 300 000 autres parents une pétition réclamant le maintien de l'obligation vaccinale, seule protection pour son fils Davide, 6 ans, qui ne peut pas être vacciné. / Laura Leggi

D’un côté, des parents qui préfèrent courir le risque d’attraper une maladie. De l’autre, une immense majorité d’Italiens qui se plient à la loi. Mais dans ce débat très vif, une troisième catégorie se fait entendre également : les parents d’enfants non vaccinables mais fragiles, comme Laura.

Mon fils David, 6 ans, a été greffé du foie quand il avait 9 mois. Depuis, il ne peut plus recevoir de vaccins. Il est immunodéprimé, pour lui c’est trop risqué. En même temps, le moindre virus est dangereux pour ces enfants. On n’a pas le choix : on doit compter sur les autres. J’espère que cette année il sera dans une classe où tous les enfants seront à jour…

Laura a signé une pétition pour le maintien de l’obligation vaccinale. Elle craint le retour à un système moins contraignant avec la nouvelle loi en préparation. Un texte à l’agenda du Parlement italien, qui rouvrira nécessairement de féroces débats.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.