Un vaccin contre le coronavirus est actuellement testé sur des humains en Belgique. Comment se déroulent ces expériences et qui sont ces volontaires ? Reportage dans le laboratoire belge CEVAC de l’université de Gand.

En Belgique on espère un vaccin contre le Covid-19 au printemps 2021
En Belgique on espère un vaccin contre le Covid-19 au printemps 2021 © Getty / Lucas Ninno

Une cinquantaine de volontaires belges testent depuis le mois de juin le vaccin contre le coronavirus que tente de mettre au point la Biotech allemande Curevac. En France les premiers tests sur des humains devraient démarrer bientôt alors que  l’un des essais cliniques les plus avancé au monde,  à Londres,  a  dû être interrompu  après l’apparition d’un effet indésirable grave.

"Bon c’est quand même le Covid !  Je me suis dit qu’on pourrait sauver le monde,  en aidant  à produire un vaccin si important !". 

La professeure Isabel Leroux-Roels à l’entrée du centre d’essai clinique
La professeure Isabel Leroux-Roels à l’entrée du centre d’essai clinique © Radio France / Angélique Bouin

Amaury est l’une des volontaires recrutés par la professeur Isabel Leroux-Roels, du Centre de vaccinologie de l’université.  Pour cette phase 1 de l’essai clinique  Curevac,  elle a sélectionné des volontaires âgés de 18 à 60 ans, en pleine santé. Aux  candidats, avant qu’ils ne signent pour rejoindre l’essai, la professeur explique en détail le protocole, les risques et l’accompagnement médical mis en place pour les sécuriser comme ce téléphone "rouge" que l’on peut appeler 24 heures sur 24 en cas d’effets secondaires, ou encore les 1000 euros d’indemnisation.

"Ce sont des gens très engagés, c’est exceptionnel car  quand je leur parle de l’indemnisation ils me disent qu’ils ne le font absolument pas pour ça ! Ils disent par exemple qu’ils veulent protéger leur grand-mère qui est en maison de retraite, ou des proches qui sont à risque, ou  alors qu’ils en ont marre des masques, de ne pas  pouvoir toucher les gens :  ce sont de belles motivations !"

Anticorps et cellules passés à la loupe

Dans la  salle de vaccination, une vaste armoire abrite tout le matériel pour l’essai clinique, beaucoup de tubes pour prélever les  échantillons de sang : "on teste les anticorps mais aussi les différentes cellules du système immunitaire, donc  il y a pas mal de petits tubes qui doivent être remplis !" explique la scientifique. 

Dans la salle de vaccination du Centre de vaccinologie de l’université de Gand
Dans la salle de vaccination du Centre de vaccinologie de l’université de Gand © Radio France / Angélique Bouin

C’est sur l’un des fauteuils de cette salle  qu’Amaury a reçu à un mois d’intervalle deux doses de vaccin. Cette jeune maman de 32 ans, cadre chez Disney, avait  vu passer un mail d’appel à candidature, et elle n’a pas hésité.

"Je n’ai pas eu de malades chez mes proches et je n’ai pas été malade moi-même,  mais j’avais le sentiment qu’il fallait que l’on fasse collectivement quelque chose, qu’il y avait une solution et je voulais faire partie de cette solution !  Voilà pourquoi j’ai donné mon corps à la science !" dit-elle en riant.  " Je crois que tout le monde sait qu’on a besoin d’un vaccin pour retrouver notre vie normale, notre vie d’avant, et  j’ai aussi  beaucoup d’amis qui travaillent dans les hôpitaux ! C’est aussi pour eux que je le fais. !  Je n’ai jamais eu peur…"

Amaury connait les risques mais elle n’a pas eu de trop mauvaises surprises : "Le seul effet que j’ai eu, le lendemain de la vaccination, c’est un mal de tête et j’ai eu un ganglion,  et après c’était fini !"

Des effets secondaires considérés comme normaux par l’équipe médicale qui a ce stade n’a eu aucun incident grave. "Mais l’on reste très vigilants" assure la professeur Leroux-Roels tout en reconnaissant que cette course mondiale au vaccin est inédite.

"On sent cette pression,  mais c’est très important que l’on travaille avec la même vigueur que d’habitude.  On ne  veut pas provoquer des problèmes de santé !  Moi j’ai confiance, je suis dans ce domaine depuis presque vingt ans, et je vois qu’on ne saute pas des étapes, en revanche on ne perd pas de temps."

Et c’est sur la partie administrative que l’on  a accéléré les cadences de façon inouïe. Fine de Boever est  la coordinatrice administrative du labo :

"C’est du jamais vu !  La pression que nous avons en ce moment est incroyable ! Chaque jour on a des dead line pour faire des rapports, et remplir les bases de données avec  les résultats des prises de sang. Il faut être à jour en permanence, c’est beaucoup de travail et beaucoup de pression !".

"Et pour être à jour, on travaille jour et  nuit, souvent le week-end et nous avons dû recruter du personnel" ajoute Isabel Leroux-Roels qui dit espérer un vaccin pour le printemps prochain !

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