Zooms cette semaine sur quelques-uns des organes essentiels à notre vie et sur les dernières découvertes qui permettent de mieux les comprendre et les soigner.

Opération de la rétine à l'Hôpital de la Pitié alpétrière
Opération de la rétine à l'Hôpital de la Pitié alpétrière © Reuters / Jean-Paul Pelissier

Depuis plusieurs décennies, des progrès immenses ont été faits, non seulement dans la compréhension des déficits visuels, mais aussi dans les technologies et méthodes pour réparer l'œil. Résultat, même la cécité n'est plus une fatalité.

Parmi les maladies qui altèrent la vue, jusqu'à rendre aveugle parfois, il y a la rétinite pigmentaire. Elle touche une naissance sur 4 000 dans le monde,  30 000 personnes en France.

Quand son ophtalmologue lui a parlé de la rétine artificielle l'année dernière, Charlotte Démétrache, 30 ans, ne voyait déjà plus. Elle est atteinte de rétinopathie pigmentaire, cette maladie génétique. "C’est la rétine qui se dégrade, les cellules meurent petit à petit - les cônes et les bâtonnets -, c’est une perte de vision plus au moins rapide qui amène jusqu’à la cécité."

Après six mois de réflexion, Charlotte a accepté l'opération. Elle fait désormais partie des 20 patients qui ont une rétine artificielle.

À quoi ressemble une rétine artificielle ?

Une rétine artificielle se compose de deux parties : une puce miniature de 60 électrodes, posée lors d'une opération chirurgicale sur la rétine du patient et reliée à un boitier électronique très petit lui aussi, et une deuxième partie externe, en fait une paire de lunettes avec caméra intégrée qui traite les images avant de les envoyer sous forme de flashes lumineux au cerveau. Il faut un peu de rééducation pour s'habituer à cette prothèse visuelle. Sur les vingt séances prescrites, Charlotte en est à la douzième et est déjà très enthousiaste.

Elle témoigne :  La semaine dernière je suis partie en vacances à l’étranger. J’ai été dans une fête foraine, la nuit, et j’ai pu percevoir toutes les lumières des manèges, j’ai pu repérer les silhouettes des gens habillés de couleurs très claires ou en blanc. Si je regarde le ciel je perçois des nuages."

C’est énorme, c’est bizarre à dire mais il faut avoir la chance d’être aveugle pour pouvoir vivre ça. Vraiment. C’est extraordinaire !

Tous les aveugles ne peuvent pas en bénéficier

Les contraintes physiologiques sont nombreuses. Il faut par exemple un résidu de cellules pour que cela marche, mais avec dix ans de recul, les résultats sont bons. Il faut que les implants soient robustes car pas question de réopérer les patients. En revanche, les progrès sur le traitement des images permet d'améliorer le dispositif tous les ans.

D'ailleurs, un nouvel essai clinique mené aux Etats-Unis a démarré avec des caméras 3D sur les lunettes explique Grégoire Cosendai, directeur de Second Sight, l'un des trois fabricants de rétine artificielle au monde : "Ça parait totalement irréalistes de faire voir des patients aveugles avec de la 3D, mais dans la réalité avec la 3D on a l’espace. On sait ce qui se trouve devant la patient tout près ou plus loin. Par exemple on peut savoir dans la rue si un scooter risque de couper la route du patient alors on va le montrer de manière très éclairée, clignotante même pour que le patient puisse le voir et l’éviter, alors que peut-être des passants qui sont 150 mètres derrière sont des éléments également de l’image, mais dans les six prochaines secondes ce n’est pas ce qui est pertinent".

Malgré ces progrès, le gain pour l'œil est estimé à 1/800e, à comparer à la vue normale de 10/10e. Il faut donc aller plus loin. C'est le but de la nouvelle génération d'implants photovoltaïques mis au point par l'institut de la vision à Paris et Standford aux Etats-Unis.

Les tous premiers résultats sont prometteurs selon le directeur de l'institut de la Vision, le professeur Pr José-Alain Sahel :

"Les implants que nous comptons utiliser pour la fin d’année, début de l’année prochaine, devraient permettre d’atteindre un dixième, le seuil de la cécité légale - un dixième permet de faire beaucoup de choses. A terme, on vise trois à cinq dixièmes. On a dans la rétine à peu près 130 millions de photorécepteurs. Un million de neurones connectés entre l’œil et le cerveau. Les implants de la nouvelle génération vont peut-être atteindre 1000 électrodes. On est très loin de la résolution du système visuel, mais grâce aux capacités du système visuel et du cerveau en particulier, l’interprétation et l’analyse des images permet d’optimiser ces informations".

Au début, seuls les patients atteints de cécité totale étaient jugés éligibles pour l'implant et encore, pas tous. Désormais, il est envisagé d'élargir la cible aux personnes atteintes de la DMLA, la perte de la vision centrale.

D'autres pistes de recherche sont explorées pour réparer l'œil

La rétine artificielle n’est que la piste la plus avancée pour traiter la cécité. Les chercheurs de l’institut de la Vision travaillent aussi sur d’autres approches, dont certaines prometteuses.

D'ici quelques années, même des personnes nées aveugles pourraient recouvrer une vue partielle. C'est ce que montre une récente expérience indienne où des personnes n'ayant jamais vu ont réussi à distinguer des formes après opération. Le Pr José-Alain Sahel explique que le cerveau a besoin d’une expérience pour interpréter les informations et pourtant on a découvert que c'est comme s'il existait un pré-câblage inné dans le cerveau qu'on peut activer pour qu'il redonne la vue, et notamment la notion de distance.

La thérapie génique donne de premiers résultats très encourageants

L'institut de la Vision travaille sur plusieurs approches différentes mais parallèlesexplique le professeur Sahel : "C’est notamment indispensable car tous les maladies ne sont pas au même stade et ne peuvent pas bénéficier des mêmes approches et un domaine enrichit l’autre."

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