Un reportage signé Sophie Becherel Les travailleurs extérieurs du nucléaire, autrement dit les ouvriers de la sous-traitance on sait que ce sont eux, à Fukushima, qui luttent, en grande majorité, depuis un mois pour stabiliser la centrale. Sont-ils les sacrifiés de l'histoire ? Qu'en est-il en France ? Est-ce à eux qu'on confie-t-on le sale boulot ? La sous-traitance dans le nucléaire au Japon, c'est 70% des salariés. En France, 50%, soit 20 000 personnes. Pourquoi autant ? La réponse de Philippe Druelle, directeur adjoint du parc nucléaire à EDF, premier exploitant des centrales en France. Interview de Philippe Druelle Pour les sous-traitants, c'est faux. C'est pour des raisons économiques que la maintenance est de moins en moins effectuée par EDF lui-même. Il y a aujourd'hui jusqu'à dix niveaux de sous-traitances pour un chantier ; jusqu'à 2000 personnes en même temps. Pour y faire quoi ? La réponse de Philippe Billard, 20 ans dans la sous-traitance nucléaire, récemment licencié pour y avoir dénoncé les conditions de travail. Interview de Philippe Billard Même si EDF sous-traite pour des durées de 5 à 6 ans, il y a des insuffisances. Parmi les exemples pointés par l'Autorité de sûreté nucléaire : échaffaudage, outils ou équipements de protections en mauvais état, mauvaise information des ouvriers, insuffisance de contrôle. Pourtant, il y a 15 ans, plus de 500 travailleurs dépassaient annuellement la dose de 20 milisiverts. L'an passé, il n'y en a eu qu'un. - 20 millisiverts, c'est la dose maximale autorisée pour un travailleur du nucléaire... ...Que l'on soit statutaire, CDD, intérimaire. Et pour ne pas dépasser, tout le monde dans les centrales, porte un mouchard. Le dosimètre donne à tout moment la dose ionisante accumulée dans l'année. A la porte de chaque centrale, EDF connaît la situation de chaque employé, une information aussi gardée en mémoire dans un fichier national. Impossible, donc, de dépasser la dose annuelle admise, sauf à tricher en ne portant pas son dosimètre. - C'est donc un progrès puisque la contamination au long cours diminue. Une autre donnée peut surprendre : la mortalité chez les sous-traitants du nucléaire est moins importante que chez les autres travailleurs ! Pourtant, selon Annie Thébaud-Mony chercheuse à l'INSERM, les études sont incomplètes. Même les faibles doses ont un impact sur la santé. La sous traitance supporte 80% de la dose collective d'irradiation. Interview de Annie Thébaud-Mony Silencieux par peur de perdre leur emploi, moins bien suivis par les médecins du travail, les sous-traitants deviennent invisibles. - Pourquoi ne peut-on pas suivre correctement ces travailleurs avec le fichier national de l'IRSN ? Pour des raisons informatiques, tout simplement. Par souci de confidentialité, des verrous ont été mis qui empêchent de tirer des informations statistiques concernant la santé des sous-traitants. l'IRSN ne le nie pas et affirme que des améliorations sont en cours.

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